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Environ 20 millions de personnes ont aujourd'hui
passé la cinquantaine, soit un Français sur trois. Ils représenteront 40% de la
population en 2020, selon les prévisions de l'Insee.
Ce vieillissement de la
population française s'accompagne d'une évolution des mentalités parmi les
personnes concernées. Tant qu'ils se sentent en bonne santé, les seniors
interrogés se considèrent pour la plupart encore jeunes, alors qu'ils estiment
« qu'au même âge leurs parents étaient vieux ». D'ailleurs,
pour 59% des personnes interrogées, le terme senior est
valorisant.
Toujours actifs.
Si 58% des seniors encore en activité professionnelle
attendent la retraite avec impatience ou
soulagement, c'est avant tout pour y gagner en épanouissement
personnel. Les retraités, surtout jusqu'à 70 ans, restent en
effet très actifs : 49% bricolent ou jardinent, 74% sortent au moins de
temps en temps avec des amis, 58% voyagent. Ils sont également 34% à se
consacrer bénévolement à une association et 30% à participer à la vie de la
commune. Autre signe de ce dynamisme : la
mobilité résidentielle est relativement élevée. 22% des plus de 60 ans ont ainsi
déménagé entre 1990 et
1999.
Soutiens de famille.
Effet de l'allongement de la durée de la vie, les seniors
s'inscrivent aussi dans des lignées plus longues. Ainsi, 53 % des jeunes seniors
ont des parents ou beaux-parents et des enfants, et 36 % ont également des
petits-enfants. De fait, les pratiques en matière de transmission ont
évolué : les seniors s'efforcent désormais d'aider leurs descendants au
moment où cela leur est le plus utile. Mais les quinquagénaires sont également
de plus en plus touchés par les ruptures conjugales, et le divorce est la
principale cause de non-détention de la résidence principale chez les jeunes
seniors.
Le cap des 75 ans.
Le taux d'épargne des seniors est supérieur à la moyenne
nationale (16,5% contre 15,7%**) et se maintient à un niveau élevé après 65 ans.
Cette épargne ne se fait pas au détriment de la qualité de
vie : les deux tiers d'entre eux cherchent à « vivre le mieux
possible plutôt qu'à avoir de l'argent de côté ».
Avant 75 ans, ils privilégient
les postes « voyages/loisirs » et « dépenses d'équipement »
(équipements ménagers, voiture et travaux dans le logement). Après 75 ans, les
dépenses sont davantage consacrées au cercle familial, ainsi qu'à la santé et au
maintien en forme. La principale crainte des seniors est en effet de devoir être
à la charge de leurs descendants. L'autonomie en fin de vie représente donc leur
préoccupation centrale, leur principale motivation à
épargner.
*L'enquête, réalisée avec le concours de l'institut de
sondage CSA, comportait deux volets : 50 entretiens individuels approfondis
menés en juin-juillet 2003 et une enquête quantitative
réalisée en octobre-novembre 2003 auprès de 6009 personnes, sur la base
d'échantillons représentatifs de la population âgée de 50 ans et
plus. ** Chiffres
2000
" Le temps de
l'épanouissement "
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Alain Tourdjman est
responsable des études à la Caisse nationale des Caisses
d'épargne. |
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Pourquoi avoir choisi l'âge de 50 ans comme seuil d'entrée chez
les seniors ?
Il nous a semblé que ce qui caractérise le mieux les
seniors, c'est le fait de vivre des ruptures de vie. Et ces changements sont
beaucoup plus nombreux et radicaux à la cinquantaine qu'après. La retraite
apparaît en effet de moins en moins comme une rupture majeure, dans la mesure où
son influence est de moins en moins forte sur les modes de vie. En revanche, au
cours de la cinquantaine, les enfants quittent le foyer, des petits-enfants
naissent, les crédits immobiliers sont remboursés... Il y a ensuite un deuxième
cap, vers 70 ou 75 ans, voire plus tard pour certaines personnes, quand le
vieillissement physique se fait vraiment sentir.
Qu'est-ce qui vous a le
plus marqué dans cette étude
?
Je pense que l'évolution la plus nette concerne le
regard porté sur la retraite. Longtemps considérée comme une période de moindre
présence dans la société, elle est devenue l'occasion d'atteindre un
épanouissement longtemps différé. On constate une sorte de désinvestissement de
la vie en entreprise au profit de la vie tout court. Si le travail reste une
valeur très considérée, ce n'est plus dans l'entreprise que l'on se réalise.
Cette tendance est très sensible chez les jeunes seniors qui ont subi un
changement de travail contraint en fin de carrière. L'autre tendance marquée
concerne l'autonomie, perçue comme un besoin absolument majeur. La dépendance
constitue la crainte absolue des
seniors.
Parmi les surprises que réserve l'étude, il y a le fort recours au
crédit des seniors.
Cette montée de la détention du crédit chez les 55-65
ans avait déjà été constatée, notamment par l'Observatoire de l'endettement des
ménages. Nous avons souhaité aller un peu plus loin dans l'analyse. Nous avions
l'intuition que recourir au crédit pour les seniors, c'était aussi montrer que
l'on est toujours partie prenante dans le monde financier et que l'on reste un
client comme un autre. Cela s'est confirmé. Mais au-delà de cet aspect, ce
recours au crédit correspond également à l'envie de se préserver des marges de
manœuvre. On se situe dans une logique de réalisation des projets, tout en
préservant son autonomie au cas où il arriverait quelque chose. C'est une
utilisation très rationnelle et très anticipative du crédit.
Pas de surprise, en
revanche, au sujet de la nature de l'épargne : assurance-vie et immobilier se
taillent la part du
lion.
C'est vrai pour l'assurance vie qui
apparaît comme le placement privilégié des seniors. Avec l'âge, on assiste
également à une augmentation progressive de la demande pour des produits plus
liquides et encore plus sûrs, comme les livrets. En revanche, la part réservée à
l'immobilier mérite une analyse plus fine. Pour des raisons de commodité et de
souplesse dans la gestion ou dans la transmission, on constate en effet une
réorientation partielle du patrimoine immobilier vers le financier. Quand on
regarde les flux, il y a plus de ventes que d'achats d'immobilier chez les
seniors, alors que les flux nets sont très positifs sur le financier.
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