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Épargne solidaire : toujours plus (novembre 2006)
En 2005, 200.000 Français ont investi dans l'épargne solidaire*, qui "pèse" désormais près de 900 millions d'euros. C'est l'un des enseignements du 4ème baromètre Finansol-Ipsos-La Croix.

Une forte augmentation. Le succès de l'épargne solidaire, en partie investie dans des projets de développement durable et équitable, ne se dément pas. Elle a séduit l'an dernier plus de 200.000 épargnants, soit une hausse de 54% par rapport à 2004. Les sommes investies ont augmenté en proportion pour atteindre un total de 888 millions d'euros d'encours (+45%).

C'est dans les entreprises, par le biais de l'épargne salariale, que la croissance est la plus forte : 132.000 salariés ont « cherché à donner un sens à leur argent », rappelle le baromètre Finansol-Ipsos-La Croix. C'est deux fois plus que l'année précédente.

 

 

La multiplication des produits. En 1997, date de création du label de l'association Finansol, seuls 12 produits en avaient bénéficié. On en compte désormais 53 : assurance vie, Sicav, FCP, livrets bancaires. Le baromètre révèle en outre que leurs rendements sont comparables à ceux des produits classiques.

 

 

De nombreux projets financés. En France, en 2005, l'épargne solidaire a permis de construire 92 logements pour les plus démunis et de loger 962 familles. Elle a aussi financé 11.000 entreprises, et permis de créer ou maintenir 19.000 emplois. A l'étranger, 820 organismes de microfinancement ont pu accorder plusieurs centaines de milliers de microcrédits dans une centaine de pays du Sud et de l'Est.

 

 

Poursuivre la pédagogie. Un sondage, réalisé en liaison avec le baromètre, prouve cependant que l'effort de pédagogie doit être poursuivi. Car, paradoxalement, la notoriété de l'épargne solidaire se tasse. Seuls 26% des Français déclarent en avoir entendu parler en 2006, contre 30% en 2005. Cette proportion reste plus élevée parmi les catégories socio-économiques les plus aisées mentionnées dans l'étude : 45% pour les cadres supérieurs, 34% pour les personnes disposant de revenus supérieurs et 46% pour les personnes disposant d'un niveau d'études supérieur.

Le sondage met également en évidence un recul des intentions : 29 % des personnes interrogées estiment qu'elles pourraient souscrire un produit d'épargne solidaire, même avec un rendement financier moindre. Elles étaient 45% en 2005.

 

 

* A ne pas confondre avec un fonds éthique (ou fonds labellisé ISR, « Investissement socialement responsable »), qui est un produit composé de valeurs "socialement responsables", s'attachant par exemple à la dimension citoyenne des entreprises et à leur contribution au développement de l'emploi ou à la protection de l'environnement.

 

 

 

 

"Il est possible de monter des projets qui sont à la fois rentables et solidaires"

 

 

Anne-Catherine Husson-Traore est directrice générale de Novethic, centre de ressources et d'expertise sur la responsabilité sociale d'entreprise et l'investissement socialement responsable.

 

 

 

 

Que pensez-vous des évolutions mises en évidence par ce 4ème baromètre ?

 

Ce qui me semble intéressant, c'est que, malgré une exposition médiatique encore assez limitée, l'épargne solidaire réussit à progresser de façon notable, en termes de développement et d'encours. L'important est là, puisque c'est ce qui permet de financer les projets.

 

 

Comment expliquer la part prépondérante de l'épargne salariale ?

 

Il faut savoir qu'un dispositif législatif oblige à proposer un produit solidaire dans l'épargne salariale. Malgré tout, je pense que c'est un domaine où les progrès peuvent être importants, pour peu que l'on effectue un travail de sensibilisation auprès des salariés souscripteurs. En effet, cet apport est certes considérable, mais l'épargne solidaire ne représente encore qu'à peine 3% de l'ensemble des encours de l'épargne salariale.  

 

 

Le sondage qui accompagne le baromètre révèle cependant des tendances moins favorables en ce qui concerne la notoriété ou les intentions. Ces aspects ne vous inquiètent pas ?

 

Il ne faut pas se leurrer : l'épargne solidaire est, aujourd'hui, beaucoup moins connue que ne l'est le commerce équitable, par exemple. De plus, elle a du mal à pénétrer au-delà d'un certain cercle de militants. L'effort que mènent ses intervenants pour se faire connaître ne doit donc, évidemment, pas être relâché. L'économie solidaire doit aller à la rencontre du grand public et apparaître comme une réelle alternative aux modes de développement économique actuels. Cependant, quoi qu'en disent ces résultats, nous voyons très bien que les attentes des investisseurs et des consommateurs ont considérablement évolué, pour se porter sur ce type de produits.

 

 

A cet égard, pouvait-on rêver mieux qu'un prix Nobel de la paix décerné à l'inventeur du microcrédit ?

 

C'est effectivement une très bonne nouvelle pour l'épargne solidaire. Cela devrait permettre de bouger les repères habituels. Déjà, la notion de banquier des pauvres peut choquer. Les Français pensent souvent que l'on fait soit de la charité, soit du business. Or, il est possible de monter des projets qui sont à la fois rentables et solidaires. Simplement, il faut par exemple savoir s'adapter aux gens qui recherchent un emploi, plutôt que de leur demander de le faire.

 

De plus, cette récompense contribue aussi à faire savoir que les projets financés par l'épargne solidaire ont des taux de réussite très nettement supérieurs à la moyenne. Le taux de remboursement des microcrédits, par exemple, est de l'ordre de 98%. De la même façon, le taux de survie des entreprises créées par ce biais est beaucoup plus élevé que celui des entreprises classiques.

 

 

*Mohamed Yunus, fondateur de la Grameen Bank, premier organisme de microcrédit au monde, a été récompensé par le prix Nobel de la paix le 13 octobre dernier.

 
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