Une
forte augmentation. Le
succès de l'épargne solidaire, en partie investie dans des projets de
développement durable et équitable, ne se dément pas. Elle a séduit l'an dernier
plus de 200.000 épargnants, soit une hausse de 54% par rapport à 2004. Les
sommes investies ont augmenté en proportion pour atteindre un total de 888
millions d'euros d'encours (+45%).
C'est
dans les entreprises, par le biais de l'épargne salariale, que la croissance est
la plus forte : 132.000 salariés ont « cherché à donner un sens à leur
argent », rappelle le baromètre Finansol-Ipsos-La Croix. C'est deux fois
plus que l'année précédente.
La
multiplication des produits. En
1997, date de création du label de l'association Finansol, seuls 12 produits en
avaient bénéficié. On en compte désormais 53 : assurance vie, Sicav, FCP,
livrets bancaires. Le baromètre révèle en outre que leurs rendements sont
comparables à ceux des produits classiques.
De
nombreux projets financés. En
France, en 2005, l'épargne solidaire a permis de construire 92 logements pour
les plus démunis et de loger 962 familles. Elle a aussi financé 11.000
entreprises, et permis de créer ou maintenir 19.000 emplois. A l'étranger, 820
organismes de microfinancement ont pu accorder plusieurs centaines de milliers
de microcrédits dans une centaine de pays du Sud et de l'Est.
Poursuivre
la pédagogie. Un
sondage, réalisé en liaison avec le baromètre, prouve cependant que l'effort de
pédagogie doit être poursuivi. Car, paradoxalement, la notoriété de l'épargne
solidaire se tasse. Seuls 26% des Français déclarent en avoir entendu parler en
2006, contre 30% en 2005. Cette proportion reste plus élevée parmi les
catégories socio-économiques les plus aisées mentionnées dans l'étude : 45%
pour les cadres supérieurs, 34% pour les personnes disposant de revenus
supérieurs et 46% pour les personnes disposant d'un niveau d'études supérieur.
Le
sondage met également en évidence un recul des intentions : 29 % des
personnes interrogées estiment qu'elles pourraient souscrire un produit
d'épargne solidaire, même avec un rendement financier moindre. Elles étaient 45%
en 2005.
* A ne pas
confondre avec un fonds éthique
(ou fonds
labellisé ISR, « Investissement socialement responsable »), qui est un
produit composé de valeurs "socialement responsables", s'attachant par exemple à
la dimension citoyenne des entreprises et à leur contribution au développement
de l'emploi ou à la protection de l'environnement.
"Il est possible de monter des projets qui sont à
la fois rentables et
solidaires"
 |
Anne-Catherine
Husson-Traore est directrice générale de Novethic, centre de ressources et
d'expertise sur la responsabilité sociale d'entreprise et l'investissement
socialement
responsable. |
Que pensez-vous des évolutions mises en évidence par ce
4ème baromètre ?
Ce
qui me semble intéressant, c'est que, malgré une exposition médiatique encore
assez limitée, l'épargne solidaire réussit à progresser de façon notable, en
termes de développement et d'encours. L'important est là, puisque c'est ce qui
permet de financer les projets.
Comment expliquer la part prépondérante de l'épargne
salariale ?
Il
faut savoir qu'un dispositif législatif oblige à proposer un produit solidaire
dans l'épargne salariale. Malgré tout, je pense que c'est un domaine où les
progrès peuvent être importants, pour peu que l'on effectue un travail de
sensibilisation auprès des salariés souscripteurs. En effet, cet apport est
certes considérable, mais l'épargne solidaire ne représente encore qu'à peine 3%
de l'ensemble des encours de l'épargne salariale.
Le sondage qui accompagne le baromètre révèle cependant des
tendances moins favorables en ce qui concerne la notoriété ou les intentions.
Ces aspects ne vous inquiètent pas ?
Il
ne faut pas se leurrer : l'épargne solidaire est, aujourd'hui, beaucoup
moins connue que ne l'est le commerce équitable, par exemple. De plus, elle a du
mal à pénétrer au-delà d'un certain cercle de militants. L'effort que mènent ses
intervenants pour se faire connaître ne doit donc, évidemment, pas être relâché.
L'économie solidaire doit aller à la rencontre du grand public et apparaître
comme une réelle alternative aux modes de développement économique actuels.
Cependant, quoi qu'en disent ces résultats, nous voyons très bien que les
attentes des investisseurs et des consommateurs ont considérablement évolué,
pour se porter sur ce type de produits.
A cet égard, pouvait-on rêver mieux qu'un prix Nobel de la paix
décerné à l'inventeur du microcrédit ?
C'est
effectivement une très bonne nouvelle pour l'épargne solidaire. Cela devrait
permettre de bouger les repères habituels. Déjà, la notion de banquier des
pauvres peut choquer. Les Français pensent souvent que l'on fait soit de la
charité, soit du business. Or, il est possible de monter des projets qui sont à
la fois rentables et solidaires. Simplement, il faut par exemple savoir
s'adapter aux gens qui recherchent un emploi, plutôt que de leur demander de le
faire.
De
plus, cette récompense contribue aussi à faire savoir que les projets financés
par l'épargne solidaire ont des taux de réussite très nettement supérieurs à la
moyenne. Le taux de remboursement des microcrédits, par exemple, est de l'ordre
de 98%. De la même façon, le taux de survie des entreprises créées par ce biais
est beaucoup plus élevé que celui des entreprises classiques.
*Mohamed
Yunus, fondateur de la Grameen Bank, premier organisme de microcrédit au monde,
a été récompensé par le prix Nobel de la paix le 13 octobre
dernier.