La fiscalité des
successions. La loi allège singulièrement les droits de succession.
Ainsi, elle en exonère purement et simplement le conjoint survivant, ou la
personne liée au défunt par un Pacte civil de solidarité (Pacs). L'abattement
consenti aux héritiers en ligne directe (enfants, petits-enfants venant en
représentation de leurs parents préalablement décédés, parents ou
grands-parents) ou aux héritiers handicapés a été triplé. Il passe de 50.000 à
150.000 € par personne. L'abattement applicable aux successions reçues par les
frères et sœurs du défunt augmente dans les mêmes proportions et passe de 5000 à
15.000 €*. Enfin, celui consenti aux neveux ou nièces est fixé à 7500 €.
En revanche, l'abattement
global supplémentaire qui s'appliquait sur l'actif net successoral** recueilli
par les enfants vivants ou représentés, les ascendants du défunt et, le cas
échéant, le conjoint survivant a été supprimé.
Les
donations. Les partenaires unis par un Pacs bénéficient désormais du
même abattement (76.000 €) et des mêmes barèmes que les conjoints mariés. La loi
Tepa a, par ailleurs, calqué les autres abattements applicables aux donations
sur ceux consentis sur les droits de succession. Enfin, le texte stipule que les
tranches de barème et les abattements seront revalorisés chaque
année.
Les dons
manuels. Par ailleurs, les dons familiaux de sommes d'argent sont
désormais exonérés de droits de mutation à titre gratuit dans la limite de
30.000 €. Cette exonération s'applique uniquement aux dons familiaux réalisés en
pleine propriété et effectués par chèque, virement, mandat ou remise d'espèces.
Le plafond global de 30.000 € ne peut cependant s'appliquer qu'une seule fois
entre un même donateur et un même donataire, même après le délai de six ans. Le
donataire doit avoir 65 ans ou plus. Le donataire (enfant, petit-enfant,
arrière-petit-enfant ou, à défaut, neveu ou nièce) doit être majeur au jour de
la donation ou avoir fait l'objet d'une mesure d'émancipation au jour de la
transmission.
Le bouclier
fiscal. La loi instaure par ailleurs un « bouclier fiscal ».
L'imposition directe (Impôt sur le revenu, ISF, taxe foncière, taxe d'habitation
sur la résidence principale, CSG, CRDS et prélèvements sociaux) ne pourra
désormais excéder 50% des revenus, au lieu de 60% précédemment, au titre des
impôts directs. Cette disposition est rétroactive. Si les impôts qu'il a versés
en 2006 et en 2007*** dépassaient ce seuil, tout contribuable pourra demander
une restitution du trop versé.
La loi inclut également
diverses dispositions concernant l'Impôt de solidarité sur la fortune (ISF). La principale
concerne l'abattement consenti sur la résidence principale dans le calcul du
patrimoine imposable. Jusqu'alors limité à 20%, celui-ci sera relevé à 30% à
compter du 1er janvier 2008.
* Les frères
et sœurs du défunt peuvent également être exonérés de droits de succession à
condition d'être au moment du décès :
- âgé(e) de plus de 50 ans ou
infirme,
- et célibataire, veuf(ve), divorcé(e) ou
séparé(e) de corps
- et constamment domicilié avec le défunt
depuis au moins cinq ans.
** L'actif net
successoral représente la valeur globale des biens composant la succession au
jour du décès, de laquelle sont retranchées les éventuelles dettes du
défunt.
*** Notamment au
titre de l'impôt sur ses revenus 2005 et 2006.
Laurent Jurion : « La loi est à présent
adaptée à la société »
Maître Laurent
Jurion est membre du Conseil régional des notaires de Provence-Alpes-Côte
d'Azur.
Quelles sont, à vos yeux, les dispositions les plus
importantes de la nouvelle loi ?
La loi dite « paquet
fiscal » vient en prolongement de celle du 23 juin 2006 qui avait déjà
profondément réformé le droit des successions. L'apport de ce nouveau texte
réside surtout dans les mesures fiscales concernant les mutations à titre
gratuit, et notamment la situation nouvelle faite aux conjoints, aux partenaires
de Pacs ou aux concubins, qui ne paient plus de droits de succession. Dans le
même registre, la simplification des transmissions en ligne directe avec saut de
génération est également significative.
Ce
texte rend-il les donations, notamment entre conjoints, moins
intéressantes ?
Non. Les donations de
biens présents sont somme toute assez rares. Sont donc essentiellement
concernées les donations à venir, que l'on appelle plus généralement donations
entre époux ou donations au dernier vivant. Dans ce domaine, la loi ne change
rien : elles sont toujours nécessaires. En effet, même si la fiscalité a
été considérablement allégée, le texte n'a aucun effet sur les situations
familiales ou civiles ! Le conjoint survivant continue donc à devoir être
protégé vis-à-vis de l'ensemble de la famille.
En
matière de transmissions, la législation est-elle désormais adaptée à la réalité
de la société d'aujourd'hui ?
Complètement. Composition
familiale, espérance de vie... tout cela a beaucoup et rapidement évolué. Les
besoins d'aujourd'hui ne sont plus ceux d'hier. La législation nous permet
désormais d'aider nos enfants, de transmettre des biens à nos petits-enfants, de
régler plus facilement les situations des familles recomposées...
Reste-t-il cependant, selon vous, des dispositions à prendre ?
A mon sens, le problème
n'est plus tant de savoir s'il reste des points à régler que de voir comment
seront appliquées, dans la pratique, les nouvelles dispositions. Cela étant, le
notariat réclame encore deux évolutions, sans parvenir à les obtenir. D'un point
de vue civil, nous souhaitons que les enfants reconnus par une personne
apparaissent sur son extrait d'acte de naissance. Ceci rendrait les règlements
successoraux beaucoup plus sûrs en supprimant le risque d'omettre certains
héritiers. Au chapitre fiscal, nous demandons que le délai pour déposer une
déclaration de succession passe de six mois à un an après le décès, afin de
pouvoir faire face à la complexité et la diversité des patrimoines qu'il faut
partager aujourd'hui.