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Epargne  Magazine
Actualités I Au quotidien I Sommaire
 
Retraites : le Conseil d'analyse économique prône un accroissement de la capitalisation (septembre 2009)
Dans un rapport remis avant l'été au ministre de l'Economie, les experts du Conseil d'analyse économique (CAE) préconisent de réorienter l'épargne des ménages. Ils militent notamment pour un développement de la capitalisation en complément du système de retraites par répartition.

Un patrimoine important. Fin 2007, le patrimoine financier total des Français s'élevait à plus de 3500 milliards d'euros. Mais les actions ne tiennent qu'une place minoritaire dans le portefeuille des ménages : moins d'un foyer sur quatre en possède, directement ou indirectement, par le biais d'un PEA ou d'un contrat d'assurance-vie en unités de compte, par exemple. Les épargnants leur préfèrent les placements financiers liquides à faible risque et peu fiscalisés (dépôts, livrets A et de développement durable, OPCVM monétaires...).

 

La comparaison avec l'étranger. Cette proportion nous place très loin des pays anglo-saxons ou scandinaves. En Suède, plus d'un ménage sur deux détient des actions. Les experts du CAE ont trouvé une origine mécanique à ce décalage : le mode de financement des retraites. Le niveau de richesse financière est en effet étroitement lié au degré de développement de la retraite par capitalisation.

 

Développer la complémentarité. Pour compenser une diminution qu'ils jugent inéluctable des taux de remplacement offerts par notre régime par répartition, les auteurs du rapport conseillent donc de stabiliser les taux des régimes de base, en développant parallèlement des régimes par capitalisation à cotisations définies, en particulier pour les plus jeunes. Ils prônent ainsi un accroissement de la capitalisation et le développement des placements en actions en début de carrière, puis une réorientation progressive vers la capitalisation au fil des ans.

 

Favoriser l'épargne longue. Pour inciter les jeunes salariés à diriger le plus tôt possible leur épargne vers la retraite, les auteurs du rapport proposent également que l'Etat abonde les versements sur les Perp ou Perco par le biais d'une prime dont le montant diminuerait avec l'âge de l'épargnant. Ils suggèrent en outre que, dans le cadre d'une imposition uniforme de l'épargne (taux, assiette, abattement forfaitaire...), les exonérations et/ou déductions fiscales soient réservées aux seuls produits d'épargne à long terme (plans d'épargne retraite ou assurance vie).
 

Olivier Garnier : " Epargner le plus tôt possible "

 

Directeur adjoint de Société Générale Asset Management, Olivier Garnier est l'un des deux auteurs du rapport.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 Pourquoi jugez-vous nécessaire de revoir la philosophie de la politique de l'épargne ?

 

De la même façon que l'on a décidé un jour de remettre l'élève au cœur du système éducatif, nous pensons qu'il convient de remettre l'épargnant au centre du système de l'épargne. Jusqu'ici, la politique de l'épargne a plutôt eu comme priorité le financement de l'économie nationale, sans prendre véritablement en compte les besoins des épargnants eux-mêmes. Or, les contraintes de financement ne sont plus les mêmes : l'État et les entreprises se financent sur les marchés. Inversement, l'épargne a un rôle de plus en plus important à jouer au service des ménages, en complément des régimes sociaux traditionnels qui ont atteint leurs limites.

 

Vous insistez sur ce rôle complémentaire de l'épargne, notamment en matière de retraites...

 

C'est effectivement très important. En matière de retraite, on raisonne souvent de manière binaire, ou en termes de substitution, sans tenir compte du contexte historique du pays concerné. Le débat sur les retraites ne peut ainsi évidemment pas être le même selon que l'on se trouve aux États-Unis ou en France. Notre point de vue, c'est qu'il y a un très grand intérêt à jouer sur cette complémentarité. Les deux types de systèmes ne permettent en effet pas de gérer le même type de risques. L'un des grands intérêts de la répartition consiste à pouvoir effectuer des transferts entre générations, notamment pour faire face à ce que l'on pourrait appeler des risques extrêmes, tels que ceux provoqués par les crises financières. Mais elle ne permet pas de gérer tout ce qui est lié à la conjoncture et à la démographie nationale. 

 

 

Justement, la crise financière que nous venons de traverser ne change-t-elle pas la donne ?

 

Non. Elle a simplement rappelé quelques vérités que l'on avait eu trop tendance à oublier, en particulier qu'investir tout son patrimoine en actions pouvait présenter des risques. Comme je vous le disais, c'est du reste ce qui fait la force de la complémentarité entre répartition et capitalisation. En outre, l'allocation d'actifs, même dans une perspective de long terme, doit tenir compte des cycles des marchés : votre allocation en actions ne sera forcément pas la même selon que le Cac 40 est à 3000 ou à 6000 points.

 

Quel conseil concret donneriez-vous aujourd’hui à un jeune épargnant ?

 

D'abord et avant tout de commencer effectivement à épargner le plus tôt possible. La première raison est évidente et tient au jeu de la rentabilité et de l'accumulation des intérêts. Un deuxième élément doit être pris en compte : un horizon d'investissement plus long permet de prendre davantage de risques financiers dans la première partie de sa carrière et, par conséquent, de dégager des profits plus élevés. Enfin, paradoxalement, il est presque moins difficile de faire des prévisions de rentabilité d'actifs à 10 ou 15 ans qu'à un an. Toutes les études montrent que, dans les périodes comme celle que nous avons connue en début d'année, investir dans des actions offre toutes les chances d'obtenir un rendement conséquent au bout d'une dizaine d'années.

 

Tout cela ne demande-t-il pas une culture financière et économique à laquelle les Français sont étrangers ?

 

Nous évoquons cet aspect en fin de rapport, mais il n'est pas spécifique aux Français. Le phénomène est général et vaut même pour les pays anglo-saxons. Partant de ce constat, la première solution consiste à faire un gros effort d'éducation financière. Mais elle nous semble un peu utopique. En outre, on ne demande pas aux utilisateurs de PC d'être informaticiens. Dans le même esprit, il appartient à l'industrie financière de proposer des produits compréhensibles et d'aiguiller les choix des épargnants.

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