De
la même façon que l'on a décidé un jour de remettre l'élève au cœur du système
éducatif, nous pensons qu'il convient de remettre l'épargnant au centre du
système de l'épargne. Jusqu'ici, la politique de l'épargne a plutôt eu comme
priorité le financement de l'économie nationale, sans prendre véritablement en
compte les besoins des épargnants eux-mêmes. Or, les contraintes de financement
ne sont plus les mêmes : l'État et les entreprises se financent sur les marchés.
Inversement, l'épargne a un rôle de plus en plus important à jouer au service
des ménages, en complément des régimes sociaux traditionnels qui ont atteint
leurs limites.
Vous insistez sur ce rôle complémentaire de l'épargne, notamment
en matière de retraites...
C'est
effectivement très important. En matière de retraite, on raisonne souvent de
manière binaire, ou en termes de substitution, sans tenir compte du contexte
historique du pays concerné. Le débat sur les retraites ne peut ainsi évidemment
pas être le même selon que l'on se trouve aux États-Unis ou en France. Notre
point de vue, c'est qu'il y a un très grand intérêt à jouer sur cette
complémentarité. Les deux types de systèmes ne permettent en effet pas de gérer
le même type de risques. L'un des grands intérêts de la répartition consiste à
pouvoir effectuer des transferts entre générations, notamment pour faire face à
ce que l'on pourrait appeler des risques extrêmes, tels que ceux provoqués par
les crises financières. Mais elle ne permet pas de gérer tout ce qui est lié à
la conjoncture et à la démographie nationale.
Justement, la crise financière que nous venons de traverser ne
change-t-elle pas la donne ?
Non.
Elle a simplement rappelé quelques vérités que l'on avait eu trop tendance à
oublier, en particulier qu'investir tout son patrimoine en actions pouvait
présenter des risques. Comme je vous le disais, c'est du reste ce qui fait la
force de la complémentarité entre répartition et capitalisation. En outre,
l'allocation d'actifs, même dans une perspective de long terme, doit tenir
compte des cycles des marchés : votre allocation en actions ne sera forcément
pas la même selon que le Cac 40 est à 3000 ou à 6000
points.
Quel conseil concret donneriez-vous aujourd’hui à un jeune
épargnant ?
D'abord
et avant tout de commencer effectivement à épargner le plus tôt possible. La
première raison est évidente et tient au jeu de la rentabilité et de
l'accumulation des intérêts. Un deuxième élément doit être pris en compte : un
horizon d'investissement plus long permet de prendre davantage de risques
financiers dans la première partie de sa carrière et, par conséquent, de dégager
des profits plus élevés. Enfin, paradoxalement, il est presque moins difficile
de faire des prévisions de rentabilité d'actifs à 10 ou 15 ans qu'à un an.
Toutes les études montrent que, dans les périodes comme celle que nous avons
connue en début d'année, investir dans des actions offre toutes les chances
d'obtenir un rendement conséquent au bout d'une dizaine
d'années.
Tout cela ne demande-t-il pas une
culture financière et économique à laquelle les Français sont étrangers
?
Nous
évoquons cet aspect en fin de rapport, mais il n'est pas spécifique aux
Français. Le phénomène est général et vaut même pour les pays anglo-saxons.
Partant de ce constat, la première solution consiste à faire un gros effort
d'éducation financière. Mais
elle nous semble un peu utopique. En outre, on ne demande pas aux utilisateurs
de PC d'être informaticiens. Dans le même esprit, il appartient à l'industrie
financière de proposer des produits compréhensibles et d'aiguiller les choix des
épargnants.