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Actualités I Au quotidien I Sommaire
 
Le patrimoine moyen des Français en hausse malgré la crise (juin 2010)
En dépit de la crise financière, le patrimoine moyen des Français a repris sa progression après avoir chuté en 2008. Toutefois d'ici fin 2011, selon les dernières prévisions du Bureau d'informations et de prévisions économiques, cette croissance devrait être plus lente qu'entre 2002 et 2006.

Un patrimoine peu affecté. La crise économique et financière traversée depuis deux ans n'a que brièvement affecté le patrimoine brut (*) des Français. C'est en tout cas ce qui ressort des travaux du Bipe présentés le 13 avril dernier, qui l'estiment à 10 548 milliards d'euros à la fin décembre 2009, en hausse de 3 % par rapport à l'année précédente. C'est mieux que ce que prévoyait la société d'études économiques qui, en septembre dernier, s'attendait encore à une baisse de 2 %.

 

Un an de décalage. Par rapport à la crise, l'évolution à la baisse du patrimoine des ménages a été enregistrée un an plus tôt que celle concernant le Produit intérieur brut. En 2008, le PIB augmentait en effet faiblement (0,3 %) tandis que la valeur des biens possédés par les ménages enregistrait une chute de près de 3 %. L'année suivante, au contraire, le PIB subissait à son tour un net recul (-2,2 %), et le patrimoine était déjà reparti à la hausse.

 

Bourse et immobilier. L'explication tient essentiellement dans les évolutions du CAC 40 et du marché immobilier. En 2008, les prix des logements anciens ont perdu entre 8 et 10% en moyenne, pendant que la Bourse chutait de près de 43 %. 2009 a vu la stabilisation des prix des logements et un rebond du CAC 40 plus important qu'attendu (+22 %). Conséquence de ces tendances : la part des actifs financiers dans le patrimoine total des ménages s’est accrue en 2009 par rapport à 2008. Elle reste toutefois très minoritaire et n'en représente guère plus du tiers (Cf. interview).

 

Un bon cru pour l'assurance vie. L'année 2009 s'est par ailleurs révélée très positive pour l'assurance vie. Avec des taux de rémunération avoisinant les 4 % pour les produits en euros, elle s'est, en effet, montrée nettement plus rentable que des produits d'épargne liquide tels le livret A. Sa collecte a donc augmenté de 12 % en 2009, et le « placement préféré (**) des Français » constituait 39 % du patrimoine financier des ménages à la fin de cette même année. 

 

 

Une croissance moins rapide.  D'ici fin 2011, les experts du Bipe s’attendent à une croissance de 3,5 % à 4 % du patrimoine. Celui-ci pourrait se situer légèrement sous la barre des 11 000 milliards d'euros, avec une augmentation du patrimoine financier toujours un peu plus rapide que celle des biens non financiers. Ils soulignent que de telles progressions ne représentent que la moitié ou le tiers de celles qui étaient observées entre 2003 et 2006. Mais le Bipe rappelle aussi que la hausse des actifs financiers entrait pour une part si importante dans la variation du patrimoine qu'un tel phénomène ne pouvait être considéré comme durable.

 

(*) Avant déduction des passifs (dettes, crédits...)

(**) Cf. article « Regain d’intérêt des Français pour l’épargne » (Epargne Magazine, avril 2010

 

 

 

 

André Babeau: " Je ne crois pas à un scénario catastrophe"

 

Économiste, professeur émérite à l'université de Paris-Dauphine, André Babeau est conseiller scientifique au Bipe.  Il a coordonné les prévisions présentées le 13 avril dernier.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vous attendiez-vous à la progression mise en évidence par vos travaux ?

 

Nous avons dû revoir notre chiffre pour 2009, et il faut reconnaître qu'il s'agit d'une bonne surprise. Nous tablions plutôt sur une stabilité, voire sur une légère baisse du patrimoine des Français. Mais l'immobilier et la Bourse se sont mieux comportés que prévu et ont permis une évolution positive. On doit tout de même souligner que l'ampleur de cette évolution, autour de 3 % en 2009, n'a rien à voir avec ce que nous avons connu en 2004 ou en 2005. Par ailleurs, de par la structure de ce patrimoine, les évolutions des prix de l'immobilier ont une influence beaucoup plus grande que celles du CAC 40.

 

Même si elle progresse, la part des actifs financiers reste en effet très minoritaire...

 

58 % de nos concitoyens sont propriétaires de leur résidence principale, alors que la diffusion des actions dans le patrimoine financier des ménages est, à l'inverse de ce qui se passe dans les pays anglo-saxons, relativement faible. La moitié des Américains détiennent des actions. Chez nous, on est à moins de 20 %. En revanche, la croissance de la collecte d'assurance vie a retrouvé un niveau spectaculaire. Sur un total d'actifs financiers d'environ 3 500 milliards d'euros, l'assurance vie en représente à elle seule 1 400 milliards !

 

Vos travaux ont été menés avant la crise grecque. Peut-elle avoir un impact sur vos prévisions ?

 

Oui, et nous sommes précisément en train de réfléchir à une modification de nos projections pour 2010. Cependant, à titre personnel, je pense que l'impact sera faible. J'envisage en effet deux possibilités. Dans les deux cas, les prix de l'immobilier augmentent modestement, de 1 à 2 % sur l'année. C'est l'évolution du Cac 40 qui fait la différence entre les deux scénarios.

 

Dans l'hypothèse pessimiste, l'année 2010 se termine avec un indice au niveau de fin 2009. La croissance du patrimoine se situera autour de 3 %.

 

L'autre scénario, auquel je continue d'accorder ma préférence, avec une probabilité de l'ordre des deux tiers, envisage une hausse du CAC 40 de l'ordre de 10 %. L'évolution du patrimoine s'établirait alors autour de 4 % à fin 2010, pas très loin de nos prévisions d'avant la crise grecque.

 

J'ai écarté le scénario catastrophe qui voit la Bourse terminer l'année avec une chute de 20 %, car je n'y crois pas.

 

Et quels peuvent être les effets des mesures budgétaires envisagées chez nous, notamment en matière de niches fiscales ?

 

 

Il faut encore attendre d'en connaître plus précisément la teneur. Mais certaines spécificités françaises me semblent rassurantes.

 

Ainsi, le taux d'épargne des ménages reste très élevé par rapport aux autres pays européens. Il atteint chez nous 16 % du revenu disponible, alors que les Allemands sont descendus à 11 %, les Espagnols à moins de 10 % et les Anglais entre 5 et 6 % !

 

Nous prévoyons en outre un redémarrage du crédit en 2010 qui, en permettant aux ménages d'investir, notamment dans le logement, pourra avoir un impact important sur la progression de leur patrimoine brut. Pour l'heure, le crédit à la consommation n'est pas très développé en France, si on le compare par exemple à la situation allemande.

 

 

 
 
 
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