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Le niveau de vie des ménages français en hausse ces trente dernières années (mars 2003)
Le niveau de vie des ménages français s'est accru entre 1970 et 1999. C'est ce que démontre une étude récemment publiée par l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Ladite augmentation a toutefois connu des fluctuations au cours des trois décennies. Gros plan sur cette étude circonscrite aux revenus d'activité.

La méthode. Pour pouvoir établir une comparaison valable, les spécialistes de l'Insee ont travaillé en euros constants* par mois et par unité de consommation (UC). Le niveau de vie d'un ménage est déterminé par son revenu disponible** et sa composition démographique. En effet, grâce aux économies d'échelles, les besoins d'un ménage de 4 personnes sont inférieurs aux besoins cumulés de 4 personnes seules.
Des coefficients ont donc été attribués : 1 UC au premier adulte, 0,5 UC aux autres personnes de plus de 14 ans et 0,3 UC aux enfants. A un même niveau de vie, peuvent ainsi être associés des revenus très différents selon la composition familiale.

Une hausse sensible. De 1970 à 1979, le niveau de vie moyen des ménages français s'est accru à un rythme voisin de 5,3% par an, pour passer de 760 euros à 1070 euros constants par mois et par unité de consommation. Cette croissance a ensuite fléchi : +0,8% par an entre 1979 et 1990 et seulement +0,4% de 1990 à 1997. Elle semble enfin avoir redémarré entre 1997 et 1999 (+2,2% par an). Le niveau de vie moyen en 1999 s'élevait à 1260 euros constants, par mois et par UC.

Une diminution des inégalités. Les revenus des ménages les plus pauvres ont augmenté plus rapidement que la moyenne. Les inégalités se sont réduites en particulier entre 1970 et 1980. Au final, le niveau de vie des 10% de ménages les moins riches de France a crû en moyenne de 3,9% par an, contre 1,6% de hausse annuelle moyenne pour les 10% les plus aisés.

L'influence de l'emploi. Si le niveau de vie dépend, de par son mode de calcul, de la structure familiale et du nombre de personnes contribuant aux ressources, le déterminant le plus important reste l'emploi. Ainsi, dès que l'un des deux conjoints d'un couple a un travail, quelle que soit sa qualification, le niveau de vie moyen s'améliore de manière significative. En règle générale, l'augmentation du nombre de personnes occupant un emploi dans le ménage induit une forte progression du niveau de vie.

*Compte tenu de l'inflation, un franc de 1970 n'offre pas le même pouvoir d'achat qu'un franc de 1990. Pour comparer les niveaux de vie sur une longue période, il faut donc raisonner en monnaie constante. Dans cette étude, tous les revenus ont été présentés en euros de 1999.

** Somme des revenus cumulés d'activité de tous ses membres après paiement des impôts directs

(Interview)

 

Elévation du niveau de vie : retraités et bas salaires parmi les principaux bénéficiaires

Valérie Roux, chargée d'études sur les revenus à l'Insee, est co-auteur de l'enquête sur « le niveau de vie des ménages français de 1970 à 1999 ».

L'évolution du niveau de vie des Français entre 1970 et 1999 ne suit pas la même courbe, suivant les catégories de ménages... Quelle est celle qui a connu la progression la plus importante ?

Les ménages de retraités, sans aucun doute. Le niveau de vie entre 1970 et 1999 s'est accru pour toutes les catégories des ménages, avec des rythmes variables selon les périodes, mais ce sont les retraités qui ont connu la plus forte augmentation. Alors qu'ils avaient un niveau de vie très faible au début des années 70, comparé à celui des ménages de salariés ou de chômeurs, ils ont progressé tout au long de la période, en particulier au début (entre 1970 et les années 80), pour finalement parvenir à rattraper leur retard, du moins en grande partie.

Comment expliquer ce phénomène  ?

Il y a deux données que l'on met en avant. D'abord, il y a eu de fortes revalorisations du minimum vieillesse, en 1975 et 1984. Cela explique principalement cette forte progression du niveau de vie des retraités dans la période 70-80, en particulier pour les ménages les plus pauvres : parmi les retraités, les 50% de ménages les moins rémunérés sont ceux qui ont connu la plus forte croissance de revenus à cette époque.
Parallèlement, il y a un autre phénomène : les personnes qui sont arrivées en retraite dans cette période là ont eu, pour la plupart, des carrières complètes. Cela signifie qu'elles ont cotisé pendant toute leur vie professionnelle et qu'elles bénéficient donc de prestations nettement plus importantes que les générations passées de retraités. Et puis, dans le même registre, il y a l'arrivée des femmes sur le marché du travail. De plus en plus, dans les ménages de retraités il n'y a pas une seule mais deux pensions de retraite, ce qui bien sûr élève mécaniquement le niveau de vie de ces ménages.

Quels sont les faits marquants concernant l'évolution du niveau de vie des ménages de salariés ou de chômeurs ?

L'évolution n'est pas la même entre les bas et les hauts salaires. Tous ont connu une croissance du niveau de vie assez forte, mais en moyenne, elle a été beaucoup plus forte pour les bas revenus, contrairement à une idée reçue, que pour les hauts revenus. Il faut toutefois émettre un bémol au sujet de ces derniers, puisque - dans notre étude - nous n'avons pas pris en compte les revenus du patrimoine, seulement les revenus d'activités. Ce qui atténue le phénomène.
Toujours est-il que nous constatons un réel écart dans l'étude. Les revenus des 10% de salariés et chômeurs les moins riches ont progressé en moyenne de 2% par an, tandis qu'ils n'augmentaient que de 1,3% par an pour les 10% de salariés les plus riches. Là aussi, il y a eu un effet de rattrapage pour les ménages les moins aisés, certainement dû à l'apparition du RMI et des allocations logements et aux revalorisations successives du SMIC
.

Concernant les ménages de salariés et chômeurs, il faut d'ailleurs insister sur le rôle de l'emploi dans l'augmentation du niveau de vie...

Absolument, l'accès à un emploi est un facteur primordial. Parmi les 30% de ménages les plus pauvres en France, on retrouve majoritairement ceux qui sont touchés par l'inactivité. A contrario, le niveau de vie s'élève de manière significative lorsque les deux membres du ménage travaillent. Pour les employés et ouvriers, l'accès à un deuxième emploi permet souvent au ménage de dépasser le niveau de vie médian et de figurer dans la moitié la plus aisée de la population. En haut de l'échelle, la plupart des couples de deux cadres figurent dans les 10% de salariés les plus aisés...

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