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La méthode. Pour pouvoir établir une
comparaison valable, les spécialistes de l'Insee ont travaillé en euros
constants* par mois et par unité de consommation (UC). Le niveau de vie d'un
ménage est déterminé par son revenu disponible** et sa composition
démographique. En effet, grâce aux économies d'échelles, les besoins d'un ménage
de 4 personnes sont inférieurs aux besoins cumulés de 4 personnes
seules. Des coefficients ont donc été attribués : 1 UC au premier
adulte, 0,5 UC aux autres personnes de plus de 14 ans et 0,3 UC
aux enfants. A un même niveau de vie, peuvent ainsi être associés des revenus
très différents selon la composition familiale.
Une hausse sensible. De 1970 à
1979, le niveau de vie moyen des ménages français s'est accru à un rythme
voisin de 5,3% par an, pour passer de 760 euros à 1070 euros constants par mois
et par unité de consommation. Cette croissance a ensuite fléchi : +0,8% par
an entre 1979 et 1990 et seulement +0,4% de 1990 à 1997. Elle semble enfin avoir
redémarré entre 1997 et 1999 (+2,2% par an). Le niveau de vie moyen en 1999
s'élevait à 1260 euros constants, par mois et par UC.
Une diminution des inégalités. Les
revenus des ménages les plus pauvres ont augmenté plus rapidement que la
moyenne. Les inégalités se sont réduites en particulier entre 1970 et 1980. Au
final, le niveau de vie des 10% de ménages les moins riches de France a crû en
moyenne de 3,9% par an, contre 1,6% de hausse annuelle moyenne pour les 10% les
plus aisés.
L'influence de l'emploi. Si le niveau de
vie dépend, de par son mode de calcul, de la structure familiale et du nombre de
personnes contribuant aux ressources, le
déterminant le plus important reste l'emploi. Ainsi, dès que l'un des deux
conjoints d'un couple a un travail, quelle que soit sa qualification, le niveau
de vie moyen s'améliore de manière significative. En règle générale,
l'augmentation du nombre de personnes occupant un emploi dans le ménage induit
une forte progression du niveau de vie.
*Compte tenu de l'inflation, un franc de 1970 n'offre pas le même
pouvoir d'achat qu'un franc de 1990. Pour comparer les niveaux de vie sur une
longue période, il faut donc raisonner en monnaie constante. Dans cette étude,
tous les revenus ont été présentés en euros de 1999.
** Somme des revenus cumulés d'activité de tous ses membres après
paiement des impôts directs

(Interview)
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Elévation du niveau
de vie : retraités et bas salaires parmi les principaux
bénéficiaires
Valérie Roux, chargée d'études sur les
revenus à l'Insee, est co-auteur de l'enquête sur « le niveau de
vie des ménages français de 1970 à
1999 ». |
L'évolution du
niveau de vie des Français entre 1970 et 1999 ne suit pas la même courbe,
suivant les catégories de ménages... Quelle est celle qui a connu la progression
la plus importante ?
Les ménages de retraités, sans aucun doute. Le niveau de vie
entre 1970 et 1999 s'est accru pour toutes les catégories des ménages, avec des
rythmes variables selon les périodes, mais ce sont les retraités qui ont connu
la plus forte augmentation. Alors qu'ils avaient un niveau de vie très faible au
début des années 70, comparé à celui des ménages de salariés ou de chômeurs, ils
ont progressé tout au long de la période, en particulier au début (entre 1970 et
les années 80), pour finalement parvenir à rattraper leur retard, du moins en
grande partie.
Comment expliquer
ce phénomène ?
Il y a deux données que l'on met en avant. D'abord, il y a eu de fortes
revalorisations du minimum vieillesse, en 1975 et 1984. Cela explique
principalement cette forte progression du niveau de vie des retraités dans la
période 70-80, en particulier pour les ménages les plus pauvres : parmi les
retraités, les 50% de ménages les moins rémunérés sont ceux qui ont connu la
plus forte croissance de revenus à cette époque. Parallèlement, il y a un
autre phénomène : les personnes qui sont arrivées en retraite dans cette
période là ont eu, pour la plupart, des carrières complètes. Cela signifie
qu'elles ont cotisé pendant toute leur vie professionnelle et qu'elles
bénéficient donc de prestations nettement plus importantes que les générations
passées de retraités. Et puis, dans le même registre, il y a l'arrivée des
femmes sur le marché du travail. De plus en plus, dans les ménages de retraités
il n'y a pas une seule mais deux pensions de retraite, ce qui bien sûr élève
mécaniquement le niveau de vie de ces ménages.
Quels sont les
faits marquants concernant l'évolution du niveau de vie des ménages de salariés
ou de chômeurs ?
L'évolution n'est pas la même entre les bas et les hauts
salaires. Tous ont connu une croissance du niveau de vie assez forte, mais en
moyenne, elle a été beaucoup plus forte pour les bas revenus, contrairement à
une idée reçue, que pour les hauts revenus. Il faut toutefois émettre un bémol
au sujet de ces derniers, puisque - dans notre étude - nous n'avons pas pris en
compte les revenus du patrimoine, seulement les revenus d'activités. Ce qui
atténue le phénomène. Toujours est-il que nous constatons un
réel écart dans l'étude. Les revenus des 10% de salariés et chômeurs les moins
riches ont progressé en moyenne de 2% par an, tandis qu'ils n'augmentaient que
de 1,3% par an pour les 10% de salariés les plus riches. Là aussi, il y a eu un
effet de rattrapage pour les ménages les moins aisés, certainement dû à
l'apparition du RMI et des allocations logements et aux revalorisations
successives du SMIC.
Concernant
les ménages de salariés et chômeurs, il faut d'ailleurs insister sur le rôle de
l'emploi dans l'augmentation du niveau de
vie...
Absolument, l'accès à un emploi est un facteur
primordial. Parmi les 30% de ménages les plus pauvres en France, on retrouve
majoritairement ceux qui sont touchés par l'inactivité. A contrario, le niveau
de vie s'élève de manière significative lorsque les deux membres du ménage
travaillent. Pour les employés et ouvriers, l'accès à un deuxième emploi permet
souvent au ménage de dépasser le niveau de vie médian et de figurer dans la
moitié la plus aisée de la population. En haut de l'échelle, la plupart des
couples de deux cadres figurent dans les 10% de salariés les plus
aisés...
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