Tous ces dispositifs ont un point commun, la dégradation de
leur situation. Comprises entre 120 et 170 euros par semaine, les pensions
versées par l'Etat figurent parmi les plus faibles d'Europe et devraient encore
diminuer de 30% dans les 30 ans à venir. Quant aux fonds de pension, les
observateurs estiment à 220 milliards d'euros les réserves manquantes pour leur
permettre d'honorer leurs engagements auprès des souscripteurs.
Résultat : 11% des personnes de plus de 65 ans vivaient en
dessous du seuil de pauvreté en 2004 et plus de 10% des retraités britanniques
poursuivent une activité à temps partiel pour compenser l'insuffisance de leurs
revenus. En outre, 8 millions de personnes ne cotisent à aucune caisse de
retraite. Le gouvernement a donc publié un livre blanc en mai 2006. Il expose
les grandes lignes de la réforme à venir.
Une indexation sur les salaires. Mesure phare de la réforme annoncée : le rétablissement, à
partir de 2012, du lien entre la retraite de base versée par l'État et les
salaires. En 1981, le gouvernement de Margaret Thatcher avait en effet indexé
les pensions sur l'inflation. Or, de mars 2005 à mars 2006, l'inflation
s'élevait à 1,8% pendant que les salaires augmentaient de 4,2%. Plus avantageux
pour les retraités, le nouveau dispositif aura cependant un coût plus élevé. Les
retraites devraient coûter à l'État 6,7% du PIB, contre 5,2%
actuellement.
Un recul progressif. Pour financer cette hausse, l'âge minimal de départ en retraite
des salariés du privé sera progressivement reculé pour les personnes aujourd'hui
âgées de moins de 47 ans. Il passera de 65 à 66 ans en 2024, puis 67 ans en 2034
et 68 ans en 2044. En contrepartie, le nombre d'années de cotisation exigées
pour percevoir la retraite d'Etat complète sera ramené de 39 ans pour les femmes
et 44 ans pour les hommes à 30 ans pour tous*.
L'épargne obligatoire. Enfin, le gouvernement entend instaurer, à partir de 2012, un
plan national d'épargne retraite, obligatoire pour tous les salariés de plus de
22 ans. 4% de leur salaire y sera versé : 1% par le salarié (qui
bénéficiera en conséquence d'allègements fiscaux) et 3% par les entreprises.
Cette mesure pourrait être aménagée pour les plus petites entreprises.
Même si les syndicats émettent de nombreuses réserves, ce
projet de réforme recueille un assez large consensus. L'étude de l'Ires souligne
ainsi que les partis d'opposition l'ont approuvée et que des observateurs sont
allés jusqu'à la qualifier de « modèle de dialogue
social ».
* Les fonctionnaires recrutés à partir
de 2006 devront, pour leur part, travailler jusqu'à 65 ans au lieu de 60. Ils
pourront toutefois bénéficier d'une retraite entière dès 60 ans s'ils ont
suffisamment cotisé : la somme de leur âge et de leurs années de cotisation
doit atteindre 85 (un fonctionnaire de 60 ans doit avoir cotisé 25 ans, un
fonctionnaire de 65 ans doit avoir cotisé 20
ans).