Lorsque vous évoquez ce niveau de retraite globale, faut-il
comprendre que vous vous prononcez pour un déplafonnement des pensions servies
par le régime de base ?
Absolument pas. Nous
souhaitons simplement que l'ensemble des régimes des salariés du privé,
c'est-à-dire Cnav, Arrco et éventuellement Agirc, puisse afficher cet objectif.
Il s'agit là, c'est vrai, d'un but ambitieux, puisqu'il n'engage pas que
la Cnav. Il
faut donc se doter d'un outil ou d'un organisme qui prenne en charge le calcul
de l'ensemble des éléments constituant chaque pension.
Le Conseil d'administration de la Cnav réclame également que les salariés ayant
effectué toute leur carrière au Smic perçoivent réellement une pension égale à 85% du Smic. Qu'entendez-vous par ce
réellement ?
Cet élément est inscrit dans
la loi de 2003, et c'est vrai que l'on tend à s'en rapprocher aujourd'hui.
Toutefois, nous sommes dans le même cas de figure que précédemment : pour être
sûr de parvenir à ces 85% du Smic, il faudrait pouvoir totaliser les pensions
versées par la
Cnav et l'Arrco afin, le cas échéant, de pouvoir réévaluer les
pensions qui doivent l'être. Ce n'est pas fait actuellement et l'on sait que
dans certains cas ce taux n'est pas encore atteint.
Pour sauver le système de retraites, il faut donc lui faire
dépenser encore plus ?
Peut-être, ce n'est pas
contradictoire, à condition de lui trouver des ressources supplémentaires. Au
risque de me répéter, on ne peut pas se contenter de continuer à faire baisser
les retraites en espérant que les Français vont cotiser davantage ou plus
longtemps. Ils ne le feront que si on leur offre une garantie en
contrepartie.
Dans les ressources nouvelles, vous ne parlez pas de hausse des
cotisations. Pourquoi ?
Nous n'y sommes pas du tout
opposés. Mais nous pensons qu'il faut réfléchir de façon plus globale. C'est
d'ailleurs ce que faisait déjà la loi de 2003, qui envisage une baisse du taux
de chômage à l'horizon 2020 et un transfert des cotisations de l'Unedic vers
l'assurance-vieillesse. Nous estimons qu'il faut effectivement revoir les
ressources de l'ensemble de la protection sociale : baisser les cotisations et
élargir l'assiette sur la maladie et la famille, augmenter les cotisations sur
la vieillesse, par exemple.
A votre avis, on ne peut plus jouer sur la durée de cotisations
?
Je ne vous cacherai pas que
ces propositions émanent du Conseil d'administration et que, au sujet de la
durée d'activité, tout le monde n'est pas vraiment sur la même longueur d'ondes
! Ce que nous affirmons, en revanche, c'est qu'il est inutile d'actionner ce
levier tant que l'on ne saura pas garder les seniors dans l'emploi. La priorité,
et ce sera un élément important de la concertation à venir, c'est donc de
parvenir, enfin, à trouver une place pour les seniors sur le marché du
travail.
Oui, mais, dans ce domaine, les plans se succèdent sans qu'il y
ait d'amélioration...
C'est vrai qu'il y a peu de
résultats chez nous. Mais, franchement, on n'a jamais senti une volonté
politique très forte quand il s'est agi de mettre en place les mécanismes qui
auraient permis la réussite de ces plans. C'est pourtant possible. Les Pays-Bas,
par exemple, se sont occupés de ce problème très tardivement. Leur situation
n'était pas meilleure que la nôtre, et aujourd'hui ils ont remonté la pente
d'une façon assez impressionnante.
Finalement, on vous sent assez
volontaristes...
Soyons honnêtes, on sait
bien que chaque Français devra consacrer davantage d'argent au financement de sa
retraite. Reste à choisir dans quel système. En d'autres termes, quel est le
système qui protège le mieux la majorité des personnes ? Je pense que nous
devons conserver un socle important dans la répartition. Il y a de la place pour
les systèmes par capitalisation, mais ils doivent venir en complément de ce
socle.
*Rapport
entre le dernier salaire perçu et le montant de la
pension.