Un nouvel âge
butoir. La mesure la
plus spectaculaire concerne la fin des mises à la retraite d'office par les
employeurs à 65 ans. A compter du 1er janvier 2010, tous les salariés
du privé qui le souhaitent pourront ainsi, d'année en année, prolonger leur
carrière jusqu'à 70 ans sans que leur employeur puisse s’y opposer. Les
fonctionnaires, ainsi que les membres du personnel aérien pourront également
poursuivre leur activité au-delà de la limite d’âge, et jusqu’à 65 ans s’ils le
souhaitent. Toutefois, les agents dits en « service actif »
(infirmières, policiers, gardiens de prison...) pourront toujours faire valoir
leurs droits à la retraite à 55 ans.
Cumul
sans limite. Toujours
dans le but de favoriser l'emploi des seniors, les conditions de revenu qui
encadraient le cumul emploi-retraites disparaissent. Les retraités peuvent
désormais reprendre une activité sans la moindre condition dès 60 ans s'ils ont
suffisamment cotisé pour percevoir une retraite à taux plein, et dans tous les
cas à partir de 65 ans. Le délai de carence de six mois est également supprimé.
Par ailleurs, et là encore pour inciter les seniors à retarder
leur départ en retraite, la surcote (majoration de pension) accordée aux
salariés qui prolongent leur carrière alors qu'ils peuvent bénéficier d'une
retraite à taux plein est revalorisée et passe à 5% par an dans le privé comme
dans le public.
Allongement.
Enfin,
une
des dispositions de la loi Fillon prévoyait que la durée de cotisation
nécessaire pour ouvrir droit à une retraite à taux plein augmenterait d'un
trimestre par an à partir de cette année, pour atteindre 41 ans en 2012. Cette
disposition était automatique. Seul un décret aurait pu la supprimer. Elle a été
confirmée. Depuis le 1er janvier 2009, la durée minimale de cotisation est donc
passée à 161 trimestres.
Les
carrières longues. Cette
mesure n'est pas sans conséquence sur le dispositif des « carrières
longues », qui permet aux personnes ayant commencé leur vie professionnelle
très jeunes de bénéficier d'une retraite à taux plein avant 60 ans. Le système
est maintenu, mais la durée de cotisation requise augmentera de la même façon
que pour les autres salariés. En outre, les années d'études rachetées ne
pourront plus y être intégrées.
Bruno Palier : « Pourquoi les Français ne veulent-ils
pas travailler plus longtemps ? »
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Chargé
de recherches CNRS au CEVIPOF, Centre de recherches politiques de Sciences
Po, Bruno Palier est un spécialiste des politiques sociales
européennes.
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Toutes les nouvelles dispositions ne visent-elles pas à reculer
l'âge de départ en retraite sans le dire ?
Ce
qui est sûr, c'est qu'elles sont toutes inspirées par une même tendance
générale, qui consiste à dire que pour résoudre le problème financier des
retraites, il faut que les gens travaillent plus longtemps. Le problème majeur,
c'est que l'on ne s'est jamais vraiment demandé pourquoi, malgré toutes les
incitations qui existaient déjà, les Français ne veulent pas s'y
résoudre.
Quelles sont, selon vous, les raisons de ce refus
?
D'abord,
les Français sont placés devant une contradiction. D'un côté, le gouvernement
leur demande de prolonger leur vie professionnelle. De l'autre, leurs employeurs
les incitent à partir le plus tôt possible. Ensuite, les salariés font valoir
leurs droits à la retraite dès qu'ils le peuvent par crainte des réformes à
venir. Ils savent en effet que plus ils attendent, moins les conditions de
départ risquent de leur être favorables. Enfin, on ne réalise pas que les
conditions et la densité de travail n'ont fait qu'empirer au cours des quinze ou
vingt dernières années.
Cela va à l'encontre de toutes les idées
reçues...
Il
y a deux façons de voir les choses. Les Français ne travaillent certes pas très
longtemps, que ce soit en nombre d'heures hebdomadaires ou d'années. Mais, quand
ils travaillent, ils travaillent très dur. La productivité horaire en France est
très élevée, supérieure à celle enregistrée en moyenne dans les pays de l'OCDE,
plus élevée même qu'aux États-Unis. Cet aspect n'a jamais été évoqué, y compris
lors des discussions sur la pénibilité, où il n'a été question que de la
pénibilité physique. Mais quand on demande toujours plus aux gens qui
travaillent, quel que soit leur poste, cela ne les incite pas à prolonger leur
carrière.
Vos explications signifient-elles qu'une mesure comme la
revalorisation des surcotes ne changera rien à la donne
?
Je
ne dis pas que cela ne va rien changer. Il y aura sans doute un effet, aussi
léger soit-il. Mais tant que l'on n'aura pas réfléchi aux conditions de travail,
tant que le comportement des employeurs n'aura pas changé, les seules
incitations financières n'auront qu'un impact modeste. Quant à la libération du
cumul emploi-retraite, elle ne résoudra pas non plus le problème de fond. Elle
ne bénéficiera par conséquent qu'à une tranche particulière de la
population.
Finalement, comment voyez-vous l'avenir du système de retraites
?
La
loi Fillon pariait dès 2003 sur une évolution que nous ne maîtrisons pas : la
baisse du chômage, en partie grâce à une démographie favorable. Or, le retour au
plein emploi n'a rien d'assuré. De plus, les mutations économiques font que les
emplois de 2013 et de 2023 n'auront plus grand-chose à voir avec ceux de 2003.
Les lois de l'arithmétique ont donc leurs limites. Nous risquons par conséquent
d'assister à une diminution forte du montant des retraites, dans la mesure où il
sera de plus en plus difficile de valider une carrière complète. Dans le même
temps, cette baisse des pensions sera limitée par des impératifs politiques,
puisque les Français proches de l'âge de la retraite seront de plus en plus
nombreux. Tout cela se traduira donc aussi, très probablement, par une hausse
des cotisations.