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Le contexte. Pendant près de deux ans,
le COR a basé son travail sur un constat de départ : les droits conjugaux et
familiaux liés à la retraite relèvent de nombreux dispositifs, différents selon
les régimes. Ils représentent une part significative des pensions versées par le
système de retraite, environ 8% des pensions de droit propre* pour les droits
familiaux et 14% de l’ensemble des pensions pour les droits conjugaux. Enfin,
ils bénéficient avant tout aux femmes, dont la retraite moyenne représentait en
2004, pensions de réversion comprises, 62% de celle des hommes.
Droits familiaux (régime général) : Majoration de durée
d'assurance (femmes) Assurance vieillesse des parents au foyer (hommes et
femmes) Majoration des montants de pension pour les parents de trois enfants
et plus (hommes et femmes)
Droits conjugaux : Pension de réversion (hommes et femmes, mais 90%
des bénéficiaires sont des femmes)
Une nécessaire adaptation.
Or,
la France se trouve confrontée
aux développements d’un droit et d’une jurisprudence européens qui prévoient
le
principe d’égalité de
traitement entre les hommes et les femmes. En outre, la forte montée de
l’activité féminine conduit progressivement à un certain rapprochement des
droits propres des hommes et des femmes.
Mais les salaires des femmes restant, en moyenne, inférieurs à ceux des
hommes, cet écart continuera de se répercuter sur les niveaux de pension. Par
ailleurs, les transformations du couple et de la famille conduiront à un
accroissement de la proportion de personnes seules non veuves au fil des
générations, en particulier des familles monoparentales. Le COR s’interroge sur
l’adaptation à ces évolutions des droits familiaux et conjugaux.
Les droits liés aux enfants.
Ces droits reposent
actuellement sur deux dispositifs : la Majoration de la durée d'assurance (MDA) et
l'Assurance vieillesse des parents au foyer (AVPF).
La première, actuellement
réservée aux mères (dans le secteur privé), consiste à accorder aux femmes une
durée d’assurance à la naissance, à l’adoption ou à la prise en charge effective
de chaque enfant sans condition d’interruption d’activité
professionnelle.
La seconde vise, sous
certaines conditions de revenus, à compenser les interruptions ou réductions
d’activité des parents en comptabilisant, sur la base d’un SMIC, les périodes
passées au foyer pour élever des enfants.
Le COR émet plusieurs
suggestions : étendre la
MDA aux pères en l’aménageant (par exemple en la conditionnant
à une durée minimale d'interruption d'activité) ou, à l'inverse, la lier à
l'accouchement. Pour l'AVPF, l'amélioration à court terme pourrait concerner le
niveau de salaire porté au compte de l’assuré social ainsi que sur la condition
de ressources. Mais, à plus longue échéance, l'évolution progressive de ces deux
dispositifs pourrait conduire à un système combinant une compensation, à un bon
niveau, des interruptions relativement courtes, et une majoration des pensions
des mères, dès lors que cela serait juridiquement possible.
Les
pensions de réversion. Tous
les régimes de retraite mettent en œuvre des dispositifs de réversion,
permettant au survivant d'un couple de percevoir entre 50% et 60% de la pension
de son conjoint décédé. Mais les critères d'attribution (conditions d'âge, de
ressources, influence d'un éventuel remariage...) sont loin d'être homogènes.
Pour le COR, cette « extrême disparité (…) n'est pas satisfaisante ».
Il conviendrait notamment d'harmoniser les modalités d'attribution en cas de
divorce.
L’éventualité
d’une extension de la réversion aux personnes ayant conclu un PACS doit aussi
être approfondie, sous condition d’engagement minimum entre les conjoints. Le
montant de la réversion pourrait être proportionnel à la durée de l’union, et toute condition supprimant la
réversion en cas de nouvelle union disparaîtrait alors.
Enfin,
la prise en charge du veuvage précoce constitue un problème d’actualité avec le
rétablissement d’une condition d’âge pour la réversion du régime général.
Le
COR juge toutefois ce problème spécifique et estime qu'il pourrait être traité
en dehors de l'assurance vieillesse,
dans le cadre de la politique familiale, des politiques d'assistance ou de
prévoyance (collective ou individuelle).
Les
familles nombreuses.
Les pères et mères ayant eu ou élevé au moins trois enfants bénéficient
actuellement de majorations proportionnelles à leur pension. Le Conseil
considère que la question du devenir de ce dispositif peut être examinée
séparément, dans la mesure où il répond à un objectif différent, de
redistribution vers les familles nombreuses. En outre, dans les régimes
spéciaux, les mères de trois enfants ou plus peuvent également bénéficier de
possibilités de départ anticipé après quinze ans de services. Ce dispositif a
été étendu aux pères en 2005, sous réserve d’une interruption d’activité de deux
mois. Le COR formule différentes hypothèses d’évolution de ce dispositif
conduisant à en réduire la portée.
De
simples pistes. Toutes
ces propositions n'ont pas forcément fait l'unanimité au sein du Conseil. Le COR
précise donc qu'il ne prétend pas livrer les éléments d'une réforme « clés
en main », mais souhaite offrir aux pouvoirs publics et aux partenaires
sociaux des éléments de réflexion. Du reste, les conseillers soulignent
également que la plupart des mesures évoquées ne pourraient s'appliquer qu'à
long terme, après une période de transition pouvant s'étaler sur plusieurs
générations. La question de leur impact financier devrait alors également être
étudiée plus précisément.
*Droits acquis à
titre individuel par un assuré, indépendamment de sa situation
conjugale.
Yves Guégano : « Une affaire de choix politique
»
Yves
Guégano est le secrétaire général du COR
Vous le soulignez à plusieurs reprises dans votre rapport : vous
ne prétendez pas apporter de réponses toutes faites aux questions que vous
soulevez, mais offrir des pistes de
réflexion...
On
peut effectivement parler d’un travail de « débroussaillage », ce qui
est du reste assez habituel dans les travaux du COR. L'une des missions du
Conseil est en effet de mettre sur la table, quel que soit le sujet, toutes les
pistes de réflexion possibles, en essayant de faire ressortir les avantages et
inconvénients de chacune d'elles. Sur la question complexe des droits familiaux
et conjugaux, les pistes étudiées ne vont pas forcément toutes dans le même
sens. Il n’est pas dans le rôle du COR de proposer une réforme « clés en
main », mais il est dans ses missions de fournir les éléments nécessaires
au débat.
Dans le rapport, vous précisez que tous les points n'ont pas
entraîné de consensus. Cela arrive-t-il souvent
?
Les
éléments de constat rassemblés dans le rapport, fruit d’un travail approfondi,
ont fait l’objet d’un large consensus. En revanche, les pistes de réflexion sur
l'évolution des droits n'ont pas nécessairement entraîné de convergence de vue,
ce qui reflète la diversité des membres du COR. Cela ne nous empêche pas pour
autant de faire état dans le rapport de toutes les pistes d'évolution
concevables, tout en précisant que certaines d’entre elles ont fait l’objet de
points de vue divergents. Il faut savoir que les rapports du COR sont adoptés
par les membres sans qu’il y ait de vote formel, ce qui permet ensuite à chacun
de garder sa liberté de parole et de prendre éventuellement de la distance par
rapport au contenu.
En l'occurrence, sur quoi portaient les divergences
?
Des
divergences d’opinions se sont notamment exprimées sur les évolutions des
majorations de pension pour les parents de trois enfants et plus, au regard du
principe de redistribution. Le débat a porté en particulier sur la question de
la fiscalisation de cette majoration et sur sa nature (prestation familiale ou
complément de pension de retraite), ainsi que sur son caractère proportionnel ou
forfaitaire.
Vous soulignez également que ces mesures demanderaient pour la
plupart des périodes d'adaptation parfois longues. Certaines d'entre elles vous
semblent-elles tout de même prioritaires, voire urgentes
?
L'évolution
de la majoration de la durée d'assurance, qui n'est attribuée qu'aux mères au
régime général, doit en effet être examinée de manière urgente, puisque nous
sommes confrontés à un problème juridique. En 2006, un arrêt de la Cour de cassation a accordé
cette majoration aux pères qui ont élevé seuls un enfant. Un certain nombre de
décisions de justice sont depuis allées plus loin, en accordant la MDA à des pères, au seul motif
qu'ils avaient élevé leurs enfants, et pas parce qu'ils étaient seuls.
La Cour de
cassation a confirmé ce principe dans un arrêt rendu en février dernier, en
s’appuyant sur le principe d’égalité de traitement entre les hommes et les
femmes qui découle de la
Convention européenne des droits de l’homme. Le législateur
doit donc prendre d'urgence une mesure visant à se conformer à ce principe.
Les
autres mesures étudiées par le COR ne sont pas dictées par des impératifs
juridiques et relèvent de choix politique. Ainsi, certains peuvent considérer
que l’existence de droits familiaux différents selon les régimes constitue une
injustice qu’il faudrait corriger rapidement alors que d’autres peuvent estimer
qu'il n'y a aucune urgence en la matière.
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