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Le niveau de vie des retraités (décembre 2009)
À l'occasion d'une récente séance de travail, les membres du Conseil d'orientation des retraites se sont intéressés au niveau de vie des retraités. Même si les pensions n'ont été que faiblement revalorisées, l'écart avec les actifs s'est réduit ces trente dernières années. Mais la tendance pourrait s'inverser.

Des résultats surprenants. Les documents étudiés par le Cor mettent à mal quelques idées reçues. Ainsi, bien que depuis 1993 les pensions soient indexées sur les prix et non sur les salaires, le niveau de vie moyen des retraités progresse régulièrement. Depuis dix ans, il se maintient à peu près au même niveau que celui des actifs. Soit en 2006, 21.560 € par an pour les retraités, contre 21.960 € pour les actifs. Sur la même période, le taux de pauvreté des plus de 60 ans est resté inférieur à celui de l'ensemble de la population et n'augmente pas.

 

Une faible revalorisation. L'augmentation du niveau moyen des retraites tient cependant moins à la revalorisation des pensions qu'au nombre croissant de carrières complètes, à la forte progression des carrières salariales au fil des générations et à l'incidence du travail des femmes. Entre 1993 et 2006, les pensions du privé n'ont été revalorisées que de 1,6 % en moyenne par an pour la Cnav, et de 1,4 % pour l’Arrco. Dans le même temps, la revalorisation de la retraite complémentaire des cadres (Agirc) était également inférieure à l'inflation (1,5 % en moyenne, hors prix du tabac).

 

 

Des perspectives moins favorables. Très marqué du début des années 70 au milieu des années 90, le resserrement des niveaux de vie des actifs et des retraités s'est tout de même ralenti depuis. Par ailleurs, même si les données récentes n'indiquent pas de dégradation de la situation relative des retraités, les effets des réformes de 1993 et de 2003  sur le niveau de vie des retraités pourraient inverser la tendance.

 

 

L'influence du patrimoine. Le niveau de vie des retraités dépend aussi en grande partie du patrimoine financier des intéressés. Les indépendants acquièrent plus de patrimoine que les salariés au cours de leur vie active. Malgré des pensions moyennes moins élevées, ils disposent ainsi pendant leur retraite de revenus plus importants à niveau de qualification identique.

 

 

 

Jean-Michel Hourriez : « L'écart pourrait à nouveau se creuser à long terme »

 


Jean-Michel Hourriez est responsable des études au Conseil d'orientation des retraites.

 

Certains résultats de cette étude vous ont-ils étonné ?

 

Même si certains enseignements de ces travaux peuvent effectivement étonner le grand public, ils ne nous ont pas vraiment surpris. Ils mettent en effet en lumière une situation tout à fait comparable à ce qu'elle était déjà il y a dix ans. L'étude livre tout de même un résultat paradoxal. Individuellement, chaque retraité constate que son pouvoir d'achat ne varie pas, puisque la revalorisation des pensions est indexée sur l'inflation (depuis 1993 – et dans les faits depuis 1987 - pour les salariés du privé, et depuis 2003 dans l'ensemble des régimes). Chaque retraité bénéficie donc d'un niveau de vie stable entre le moment où il liquide sa pension et la fin de sa vie. Néanmoins, le niveau de vie de l'ensemble des retraités progresse constamment, en raison du renouvellement des générations. En effet, les jeunes retraités ont des pensions plus élevées que les plus âgés.

 

La période que nous traversons et les réformes qui ont augmenté la durée de cotisation ne risquent-elles pas de compromettre cette évolution favorable ?

 

Les pensions dépendent à la fois des salaires et des taux de remplacement*. Au fil des générations, les salaires progressent régulièrement, alors que les taux de remplacement ont tendance à diminuer à âge de départ inchangé, à cause des réformes entreprises depuis 1993 ou des accords passés entre partenaires sociaux pour les retraites complémentaires. A ce jour, la hausse des salaires l'a largement emporté sur la dégradation des taux de remplacement, puisque les retraites moyennes continuent de progresser. Cette tendance à l'augmentation des salaires ne devrait pas être remise en cause. Il s'agit en effet d'une tendance lourde et la crise que nous traversons actuellement ne devrait pas la modifier.

 

Avez-vous travaillé sur des hypothèses chiffrées ?

 

Selon les projections du Cor publiées en 2007, en prenant une hypothèse de hausse des salaires de 1,8 % par an sur le long terme, les pensions ne devraient augmenter que de 1,1 % par an entre 2010 et 2050, sauf si les assurés partent à la retraite plus tardivement que nous ne le prévoyons. Il y aurait donc un décalage entre les deux courbes, ce qui signifie que l'écart entre le niveau de vie des retraités et celui des actifs recommencerait à se creuser à l'horizon 2020, et surtout 2050.

 

L'influence du patrimoine financier, déjà importante aujourd'hui, va donc se renforcer...

 

Aujourd'hui, en l'absence des revenus du patrimoine, le niveau de vie des retraités serait quand même effectivement un peu en deçà de celui des actifs. Il est cependant difficile de prédire l'évolution de leur influence à l'avenir : elle dépendra en effet de la capacité d'épargne des jeunes générations. Ce que l'on peut affirmer, en revanche, c'est qu'à âge de départ à la retraite identique, ces jeunes générations bénéficieront de taux de remplacement moins élevés. Si elles veulent compenser cette baisse, elles devront choisir entre un départ plus tardif à la retraite ou une épargne supplémentaire.

 

 

* http://www.cnp.fr/fre/cnp-profils/50ans17.html

 

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