Des résultats surprenants.
Les
documents étudiés par le Cor mettent à mal quelques idées reçues. Ainsi, bien
que depuis 1993 les pensions soient indexées sur les prix et non sur les
salaires, le niveau de vie moyen des retraités progresse régulièrement. Depuis
dix ans, il se maintient à peu près au même niveau que celui des actifs. Soit en
2006, 21.560 € par an pour les retraités, contre 21.960 € pour les actifs. Sur
la même période, le taux de pauvreté des plus de 60 ans est resté inférieur à
celui de l'ensemble de la population et n'augmente pas.
Une faible revalorisation.
L'augmentation du niveau
moyen des retraites tient cependant moins à la revalorisation des pensions qu'au
nombre croissant de carrières complètes, à la forte progression des carrières
salariales au fil des générations et à l'incidence du travail des femmes. Entre
1993 et 2006, les pensions du privé n'ont été revalorisées que de 1,6 % en
moyenne par an pour la Cnav, et de 1,4 % pour l’Arrco. Dans le même temps, la
revalorisation de la retraite complémentaire des cadres (Agirc) était également
inférieure à l'inflation (1,5 % en moyenne, hors prix du tabac).
Des perspectives moins
favorables.
Très marqué du début des années 70 au milieu des années 90, le resserrement des
niveaux de vie des actifs et des retraités s'est tout de même ralenti depuis.
Par ailleurs, même si les données récentes n'indiquent pas de dégradation de la
situation relative des retraités, les effets des réformes de 1993 et de
2003 sur le niveau de vie des
retraités pourraient inverser la tendance.
L'influence du patrimoine.
Le niveau
de vie des retraités dépend aussi en grande partie du patrimoine financier des
intéressés. Les indépendants acquièrent plus de patrimoine que les salariés au
cours de leur vie active. Malgré des pensions moyennes moins élevées, ils
disposent ainsi pendant leur retraite de revenus plus importants à niveau de
qualification identique.
Jean-Michel Hourriez : « L'écart pourrait à nouveau se
creuser à long terme »
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Jean-Michel
Hourriez est responsable des études au Conseil d'orientation des
retraites.
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Certains résultats de cette étude vous ont-ils étonné
?
Même
si certains enseignements de ces travaux peuvent effectivement étonner le grand
public, ils ne nous ont pas vraiment surpris. Ils mettent en effet en lumière
une situation tout à fait comparable à ce qu'elle était déjà il y a dix ans.
L'étude livre tout de même un résultat paradoxal. Individuellement, chaque
retraité constate que son pouvoir d'achat ne varie pas, puisque la
revalorisation des pensions est indexée sur l'inflation (depuis 1993 – et dans
les faits depuis 1987 - pour les salariés du privé, et depuis 2003 dans
l'ensemble des régimes). Chaque retraité bénéficie donc d'un niveau de vie
stable entre le moment où il liquide sa pension et la fin de sa vie. Néanmoins,
le niveau de vie de l'ensemble des retraités progresse constamment, en raison du
renouvellement des générations. En effet, les jeunes retraités ont des pensions
plus élevées que les plus âgés.
La période que nous traversons et les réformes qui ont augmenté la
durée de cotisation ne risquent-elles pas de compromettre cette évolution
favorable ?
Les
pensions dépendent à la fois des salaires et des taux de remplacement*. Au fil
des générations, les salaires progressent régulièrement, alors que les taux de
remplacement ont tendance à diminuer à âge de départ inchangé, à cause des
réformes entreprises depuis 1993 ou des accords passés entre partenaires sociaux
pour les retraites complémentaires. A ce jour, la hausse des salaires l'a
largement emporté sur la dégradation des taux de remplacement, puisque les
retraites moyennes continuent de progresser. Cette tendance à l'augmentation des
salaires ne devrait pas être remise en cause. Il s'agit en effet d'une tendance
lourde et la crise que nous traversons actuellement ne devrait pas la modifier.
Avez-vous travaillé sur des hypothèses
chiffrées ?
Selon
les projections du Cor publiées en 2007, en prenant une hypothèse de hausse des
salaires de 1,8 % par an sur le long terme, les pensions ne devraient augmenter
que de 1,1 % par an entre 2010 et 2050, sauf si les assurés partent à la
retraite plus tardivement que nous ne le prévoyons. Il y aurait donc un décalage
entre les deux courbes, ce qui signifie que l'écart entre le niveau de vie des
retraités et celui des actifs recommencerait à se creuser à l'horizon 2020, et
surtout 2050.
L'influence du patrimoine financier, déjà importante aujourd'hui,
va donc se renforcer...
Aujourd'hui,
en l'absence des revenus du patrimoine, le niveau de vie des retraités serait
quand même effectivement un peu en deçà de celui des actifs. Il est cependant
difficile de prédire l'évolution de leur influence à l'avenir : elle dépendra en
effet de la capacité d'épargne des jeunes générations. Ce que l'on peut
affirmer, en revanche, c'est qu'à âge de départ à la retraite identique, ces
jeunes générations bénéficieront de taux de remplacement moins élevés. Si elles
veulent compenser cette baisse, elles devront choisir entre un départ plus
tardif à la retraite ou une épargne supplémentaire.
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http://www.cnp.fr/fre/cnp-profils/50ans17.html