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Une évolution profonde. Le système de
retraites actuel a été mis en place il y a près de 60 ans. Depuis, la vie
professionnelle et personnelle des Français a subi de profonds
bouleversements : augmentation de l'espérance de vie, apparition du travail
des femmes et du temps partiel, allongement de la durée des études et âges
d'entrée dans la vie active variables et de plus en plus tardifs, changements de
statut en cours de carrière, éventuelles périodes de chômage non indemnisé,
hausse du nombre des divorces, naissance de plus en plus tardive des
enfants... Pour les experts du COR, ces nouvelles données doivent être prises
en compte dans la réflexion actuelle sur l'évolution du système de retraite.
D'autant qu'elles ne sont pas sans conséquence sur les droits à la
retraite.
Quelques pistes... Selon les membres du
Conseil, la réforme des retraites doit poursuivre un triple objectif :
rendre les situations individuelles moins inégalitaires, favoriser la
prolongation d'activité et assurer plus de souplesse dans les choix individuels.
Pour ce faire, ils proposent plusieurs pistes de réflexion. Ils évoquent ainsi
une éventuelle prise en compte de la formation initiale dans le calcul des
droits, en offrant la possibilité de racheter ses cotisations ou en validant
purement et simplement la durée des études. Ils posent également la question de
la validation des périodes où l'activité professionnelle est mise entre
parenthèses pour des raisons « socialement utiles » (éducation des
enfants, action associative...).
Le temps choisi. Toujours au chapitre des idées, le
COR envisage l'extension du système de compte épargne temps mis en place dans le
cadre des 35 heures, et même la création d'une « Banque du temps ».
Son objectif serait d'offrir à chacun la possibilité de choisir ses temps de
vie, de développer quand il le souhaite des périodes non productives, au sens
marchand du terme. On pourrait alors choisir de marquer une ou plusieurs
pause(s) pendant son parcours professionnel, qui retarderai(en)t
d'autant le départ à la retraite. Se pose
alors le problème du financement d'un tel dispositif. Les conseillers évoquent
deux possibilités : attribuer à chaque jeune adulte un « droit en
temps », financé par répartition, qu'il utiliserait à
son gré, ou préfinancer le temps choisi, hors retraite, par une épargne
personnelle.
Interview
Un débat presque philosophique
Sociologue, ancien responsable de formation à l'Institut d'études politiques
de Paris, Pierre Lénel est chercheur au CNRS. Il est l'auteur, pour le COR, de
la note « Parcours de vie - Constats et analyses
sociologiques ».
La réflexion des membres du
COR part d'un constat : la prise en compte par les régimes de retraites des
aléas d'un parcours professionnel renvoie à des schémas dépassés. Pouvez-vous
nous en donner des exemples ?
Je ne fais pas partie des sociologues qui estiment que les schémas de
référence sont totalement obsolètes et qu'il faut imaginer tout à fait autre
chose. Je suis personnellement plus mesuré. Certaines évolutions sont très
nettes, et ne suscitent plus aucune contestation. Les moments d'entrée dans la
vie active ont, par exemple, vraiment changé. L'apparition du système des
pré-retraites a également modifié en profondeur les fins de
carrière professionnelle, désormais beaucoup plus étalées. Je ne pense pas, pour
autant, que l'on puisse remettre en cause l'ensemble du système ternaire du
parcours de vie (NDR : système dans lequel la
formation correspond à la jeunesse, le travail à la vie adulte et le repos à la
vieillesse). L'objet de ma note est aussi
de montrer que ces schémas ne sont pas forcément dépassés pour tout le monde de
la même façon.
La difficulté ne réside-t-elle pas
justement dans la nécessité d'instiller des touches d'individualisation dans un
système collectif ?
C'est effectivement tout l'enjeu. Les différents sondages réalisés sur
le degré d'aspiration des Français à une plus grande autonomie sont d'ailleurs
parfois contradictoires, preuve de l'ambiguïté du sentiment des citoyens à ce
sujet. Sans doute aspirent-ils à plus de souplesse, mais ils sont toujours très
attentifs au maintien d'une norme collective.
Le débat devient dès lors presque
philosophique : quelle place accorder aux choix personnels au sein d'un
système collectif ?
D'une certaine manière, c'est vrai que l'on touche à un débat
philosophique. Et si l'on rentre dans ce débat, il faut peut-être distinguer les
idées d'autonomie et d'individualisme. Les Français souhaitent avoir davantage
de choix, mais cela ne va pas jusqu'à l'individualisme sauvage, tel qu'il est
développé dans les théories néo-libérales, par exemple. Le besoin de sécurité,
de justice sociale partagée et la volonté de garder une norme commune demeurent
d'autant plus forts que l'on appartient à une catégorie manquant de ressources
en terme de diplômes et sur le plan social, culturel ou économique.
La mise en pratique d'une
idée telle que la banque du temps, qui implique un bouleversement total des
mentalités, vous paraît-elle réalisable ?
Les Français souhaitent davantage de souplesse, mais si on leur offrait
cette possibilité de but en blanc, ce serait effectivement un choc. Cependant, à
titre d'exemple, l'idée de prendre une année sabbatique à mi-parcours
professionnel et de partir en retraite un an plus tard se répand de plus en plus
parmi les gens de 30 ou 40 ans, surtout les plus diplômés qui ont tout de même
une espérance de vie plus grande que les ouvriers. Il ne faut en effet pas
oublier que les inégalités en fonction des métiers et des conditions de travail
restent fortes.
Ce rapport d'étape n'engage pas le COR.
Est-ce autre chose malgré tout qu'une simple palette des différentes opinions et
suggestions sur la question ?
Par ses travaux, le COR essaie d'explorer le plus grand nombre de
pistes. Au-delà de son rapport et de ce qui est publié sous le nom du COR, ce
type de documents doit être considéré comme autant d'éléments de réflexion qui
sont mis en débat. Le Conseil joue alors son rôle d'agitateur d'idées. De toute
façon, la prise de décision est ensuite du ressort de la négociation
collective.
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