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Retraites : le COR favorable à la prise en compte des nouveaux parcours de vie (avril 2003)
Dans une note d'étape qu'il vient de publier, le Conseil d'orientation des retraites (COR) souhaite une meilleure prise en compte de parcours de plus en plus individualisés

Une évolution profonde. Le système de retraites actuel a été mis en place il y a près de 60 ans. Depuis, la vie professionnelle et personnelle des Français a subi de profonds bouleversements : augmentation de l'espérance de vie, apparition du travail des femmes et du temps partiel, allongement de la durée des études et âges d'entrée dans la vie active variables et de plus en plus tardifs, changements de statut en cours de carrière, éventuelles périodes de chômage non indemnisé, hausse du nombre des divorces, naissance de plus en plus tardive des enfants...
Pour les experts du COR, ces nouvelles données doivent être prises en compte dans la réflexion actuelle sur l'évolution du système de retraite. D'autant qu'elles ne sont pas sans conséquence sur les droits à la retraite.

Quelques pistes... Selon les membres du Conseil, la réforme des retraites doit poursuivre un triple objectif : rendre les situations individuelles moins inégalitaires, favoriser la prolongation d'activité et assurer plus de souplesse dans les choix individuels. Pour ce faire, ils proposent plusieurs pistes de réflexion. Ils évoquent ainsi une éventuelle prise en compte de la formation initiale dans le calcul des droits, en offrant la possibilité de racheter ses cotisations ou en validant purement et simplement la durée des études. Ils posent également la question de la validation des périodes où l'activité professionnelle est mise entre parenthèses pour des raisons « socialement utiles » (éducation des enfants, action associative...).

Le temps choisi. Toujours au chapitre des idées, le COR envisage l'extension du système de compte épargne temps mis en place dans le cadre des 35 heures, et même la création d'une « Banque du temps ». Son objectif serait d'offrir à chacun la possibilité de choisir ses temps de vie, de développer quand il le souhaite des périodes non productives, au sens marchand du terme. On pourrait alors choisir de marquer une ou plusieurs pause(s) pendant son parcours professionnel, qui retarderai(en)t d'autant le départ à la retraite. Se pose alors le problème du financement d'un tel dispositif. Les conseillers évoquent deux possibilités : attribuer à chaque jeune adulte un « droit en temps »,  financé par répartition, qu'il utiliserait à son gré, ou préfinancer le temps choisi, hors retraite, par une épargne personnelle.


Interview


Un débat presque philosophique

Sociologue, ancien responsable de formation à l'Institut d'études politiques de Paris, Pierre Lénel est chercheur au CNRS. Il est l'auteur, pour le COR, de la note « Parcours de vie - Constats et analyses sociologiques ».
 

La réflexion des membres du COR part d'un constat : la prise en compte par les régimes de retraites des aléas d'un parcours professionnel renvoie à des schémas dépassés. Pouvez-vous nous en donner des exemples  ?

Je ne fais pas partie des sociologues qui estiment que les schémas de référence sont totalement obsolètes et qu'il faut imaginer tout à fait autre chose. Je suis personnellement plus mesuré. Certaines évolutions sont très nettes, et ne suscitent plus aucune contestation. Les moments d'entrée dans la vie active ont, par exemple, vraiment changé. L'apparition du système des pré-retraites a également modifié en profondeur les fins de carrière professionnelle, désormais beaucoup plus étalées. Je ne pense pas, pour autant, que l'on puisse remettre en cause l'ensemble du système ternaire du parcours de vie (NDR : système dans lequel la formation correspond à la jeunesse, le travail à la vie adulte et le repos à la vieillesse). L'objet de ma note est aussi de montrer que ces schémas ne sont pas forcément dépassés pour tout le monde de la même façon.

La difficulté ne réside-t-elle pas justement dans la nécessité d'instiller des touches d'individualisation dans un système collectif ?

C'est effectivement tout l'enjeu. Les différents sondages réalisés sur le degré d'aspiration des Français à une plus grande autonomie sont d'ailleurs parfois contradictoires, preuve de l'ambiguïté du sentiment des citoyens à ce sujet. Sans doute aspirent-ils à plus de souplesse, mais ils sont toujours très attentifs au maintien d'une norme collective.

Le débat devient dès lors presque philosophique : quelle place accorder aux choix personnels au sein d'un système collectif ?

D'une certaine manière, c'est vrai que l'on touche à un débat philosophique. Et si l'on rentre dans ce débat, il faut peut-être distinguer les idées d'autonomie et d'individualisme. Les Français souhaitent avoir davantage de choix, mais cela ne va pas jusqu'à l'individualisme sauvage, tel qu'il est développé dans les théories néo-libérales, par exemple. Le besoin de sécurité, de justice sociale partagée et la volonté de garder une norme commune demeurent d'autant plus forts que l'on appartient à une catégorie manquant de ressources en terme de diplômes et sur le plan social, culturel ou économique.

La mise en pratique d'une idée telle que la banque du temps, qui implique un bouleversement total des mentalités, vous paraît-elle réalisable ?

Les Français souhaitent davantage de souplesse, mais si on leur offrait cette possibilité de but en blanc, ce serait effectivement un choc. Cependant, à titre d'exemple, l'idée de prendre une année sabbatique à mi-parcours professionnel et de partir en retraite un an plus tard se répand de plus en plus parmi les gens de 30 ou 40 ans, surtout les plus diplômés qui ont tout de même une espérance de vie plus grande que les ouvriers. Il ne faut en effet pas oublier que les inégalités en fonction des métiers et des conditions de travail restent fortes.

Ce rapport d'étape n'engage pas le COR. Est-ce autre chose malgré tout qu'une simple palette des différentes opinions et suggestions sur la question ?

Par ses travaux, le COR essaie d'explorer le plus grand nombre de pistes. Au-delà de son rapport et de ce qui est publié sous le nom du COR, ce type de documents doit être considéré comme autant d'éléments de réflexion qui sont mis en débat. Le Conseil joue alors son rôle d'agitateur d'idées. De toute façon, la prise de décision est ensuite du ressort de la négociation collective.

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