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Retraite  Magazine
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Montant des retraites : inégalités entre les sexes (octobre 2002)
Hommes et femmes sont inégaux devant la retraite. C'est ce qui ressort d'une étude que vient de réaliser la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (DREES) pour le compte du ministère des Affaires sociales. L'écart entre les revenus des hommes et des femmes se creuse même après la fin de la vie professionnelle.

Les chiffres. L'an dernier, les retraités âgés de 60 ans et plus percevaient un montant total de pension* égal, en moyenne, à 1126 € bruts par mois. Ce chiffre cache pourtant une importante disparité entre hommes et femmes. Avec 848 € mensuels, ces dernières disposaient en effet d'un montant inférieur de 42% à celui des hommes (1461 €). De plus, ce résultat exclut les 5% de retraités, presque exclusivement des femmes, qui n'ont jamais travaillé et ne touchent que des avantages de réversion.

De multiples causes. Salaires plus faibles, carrières souvent interrompues pour élever les enfants ou recours plus fréquent au temps partiel expliquent qu'au moment du calcul des retraites les femmes sont désavantagées. C'est ainsi, par exemple, que seules 39% des femmes ont pu faire valider une carrière complète (au moins 150 trimestres d'assurance), contre 85% des hommes. L'allongement des carrières féminines et leur amélioration en termes de qualification entraîne toutefois une élévation des niveaux de pension : plus les retraitées sont jeunes, plus elles bénéficient de prestations élevées.

Tous régimes confondus. A régimes d'affiliation équivalents, les avantages principaux de droit direct perçus par les femmes (acquis en contrepartie des années de cotisation) sont systématiquement inférieurs à ceux des hommes. Pour le cas le plus fréquent, les anciennes salariées du privé n'ayant cotisé qu'à un seul régime de base (plus d'une femme sur deux), le montant moyen perçu (583 € par mois) est inférieur de 63% à celui versé aux hommes dans la même situation. Agricultrices, commerçantes et femmes artisans « unipensionnées » bénéficient de prestations encore plus réduites (respectivement 298 €, 312 € et 272 € par mois en moyenne) que leurs homologues masculins.  Les femmes qui ont exercé une profession libérale sont mieux loties (1.641 €) mais restent loin des hommes (2.393 €). C'est parmi les fonctionnaires que les écarts sont les plus faibles : entre 21 et 28% de moins que pour les hommes du même statut.

*Régime de base et régime complémentaire

    


Changer les mentalités, plus que les lois

Réjane Sénac-Slawinski est Secrétaire générale de l'Observatoire de la parité entre les femmes et les hommes. Composé de trente membres (parlementaires, acteurs de la vie associative, juristes, historiens, sociologues...), l'observatoire contribue, par sa fonction d'expertise, à l'élaboration de politiques publiques d'égalité entre les sexes, dans les domaines politique, économique et social.

 

Quel est, pour vous, l'intérêt d'une telle étude ?
Plus que dans ses résultats, qui étaient prévisibles, le principal mérite de ces chiffres  est de nous confronter au fossé qui existe encore entre l'égalité en droit et l'inégalité en fait des femmes et des hommes. Pour ce qui est du seul monde professionnel, même si les femmes représentent désormais près de la moitié de la population active et plus de la moitié de la population étudiante, les disparités demeurent : le taux de chômage des femmes est supérieur de trois points à celui des hommes, 80% des personnes qui travaillent en France pour un salaire inférieur au SMIC sont des femmes, 27,1% des femmes travaillent à temps partiel contre 4,7% seulement des hommes, les cadres sont encore majoritairement des hommes, tant dans le public que dans le privé...

Cette situation va-t-elle perdurer ?
Plus les retraitées sont jeunes, plus leur pension est élevée. L'écart tend donc à s'atténuer. Mais il ne pourra pas se résorber avant longtemps. Car si les femmes sont désormais à peu près aussi nombreuses que les hommes à travailler, la différence salariale moyenne est de 18% à 25%. De plus, cet écart entre hommes et femmes s'accroît avec le niveau socioprofessionnel. Et même si des avancées ont été réalisées dans le milieu professionnel, c'est surtout dans la sphère privée qu'il convient de changer les mentalités. Il y a un demi-siècle, les femmes n'avaient pas le droit de vote et elles ne peuvent travailler sans l'autorisation de leur mari que depuis moins de quarante ans ! Les esprits doivent maintenant s'adapter à ces évolutions.

Faut-il légiférer, comme cela a été fait pour instaurer la parité en politique ?
C'est déjà fait. « A travail égal, salaire égal » est un principe inscrit dans la loi française depuis 1972. Mais c'est un principe abstrait. La comparaison n'est pas toujours possible. Certains métiers sont majoritairement exercés par des femmes, d'autres par des hommes. Comment, par exemple, situer le salaire d'une femme de ménage par rapport à celui d'un manœuvre ? Pourtant, l'égalité des salaires est l'une des clés du problème. Les femmes perçoivent des retraites moins élevées que les hommes parce qu'elles cotisent moins, et pendant moins longtemps. Or, si dans un couple c'est la femme qui, le plus souvent, se met à temps partiel ou prend un congé parental, la raison n'est pas que culturelle. Des critères objectifs la légitiment également : il s'agit en général de préserver le salaire le plus élevé. Mais la notion de temps partiel choisi est encore une fois inégalement partagée : 8,5% des femmes subissent le temps partiel contre seulement 2% des hommes. Il faut donc changer l'image des femmes et de leur place dans la société. Et, par là même, celle des hommes.

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