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Les chiffres. L'an dernier, les retraités
âgés de 60 ans et plus percevaient un montant total de pension* égal, en
moyenne, à 1126 € bruts par mois. Ce chiffre cache pourtant une importante
disparité entre hommes et femmes. Avec 848 € mensuels, ces dernières
disposaient en effet d'un montant inférieur de 42% à celui des hommes
(1461 €). De plus, ce résultat exclut les 5% de retraités, presque
exclusivement des femmes, qui n'ont jamais travaillé et ne touchent que des
avantages de réversion.
De multiples causes. Salaires plus faibles,
carrières souvent interrompues pour élever les enfants ou recours plus fréquent
au temps partiel expliquent qu'au moment du calcul des retraites les femmes sont
désavantagées. C'est ainsi, par exemple, que seules 39% des femmes ont pu faire
valider une carrière complète (au moins 150 trimestres d'assurance), contre 85%
des hommes. L'allongement des carrières féminines et leur amélioration en termes
de qualification entraîne toutefois une élévation des niveaux de pension :
plus les retraitées sont jeunes, plus elles bénéficient de prestations
élevées.
Tous régimes confondus. A régimes d'affiliation
équivalents, les avantages principaux de droit direct perçus par les femmes
(acquis en contrepartie des années de cotisation) sont systématiquement
inférieurs à ceux des hommes. Pour le cas le plus fréquent, les anciennes
salariées du privé n'ayant cotisé qu'à un seul régime de base (plus d'une femme
sur deux), le montant moyen perçu (583 € par mois) est inférieur de 63% à
celui versé aux hommes dans la même situation. Agricultrices, commerçantes et
femmes artisans « unipensionnées » bénéficient de prestations encore
plus réduites (respectivement 298 €, 312 € et 272 € par mois en
moyenne) que leurs homologues masculins. Les femmes qui ont exercé une
profession libérale sont mieux loties (1.641 €) mais restent loin des
hommes (2.393 €). C'est parmi les fonctionnaires que les écarts sont les
plus faibles : entre 21 et 28% de moins que pour les hommes du même
statut.
*Régime de base et régime
complémentaire
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Changer les
mentalités, plus que les lois
Réjane Sénac-Slawinski est Secrétaire générale de l'Observatoire
de la parité entre les femmes et les hommes. Composé de trente membres
(parlementaires, acteurs de la vie associative, juristes, historiens,
sociologues...), l'observatoire contribue, par sa fonction d'expertise, à
l'élaboration de politiques publiques d'égalité entre les sexes, dans les
domaines politique, économique et social.
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Quel est, pour vous, l'intérêt d'une telle
étude ? Plus que dans ses résultats, qui étaient
prévisibles, le principal mérite de ces chiffres est de nous confronter au
fossé qui existe encore entre l'égalité en droit et l'inégalité en fait des
femmes et des hommes. Pour ce qui est du seul monde professionnel, même si les
femmes représentent désormais près de la moitié de la population active et plus
de la moitié de la population étudiante, les disparités demeurent : le taux
de chômage des femmes est supérieur de trois points à celui des hommes, 80% des
personnes qui travaillent en France pour un salaire inférieur au SMIC sont des
femmes, 27,1% des femmes travaillent à temps partiel contre 4,7% seulement des
hommes, les cadres sont encore majoritairement des hommes, tant dans le public
que dans le privé...
Cette situation va-t-elle perdurer
? Plus les retraitées sont jeunes,
plus leur pension est élevée. L'écart tend donc à s'atténuer. Mais il ne pourra
pas se résorber avant longtemps. Car si les femmes sont désormais à peu près
aussi nombreuses que les hommes à travailler, la différence salariale moyenne
est de 18% à 25%. De plus, cet écart entre hommes et femmes s'accroît avec le
niveau socioprofessionnel. Et même si des avancées ont été réalisées dans le
milieu professionnel, c'est surtout dans la sphère privée qu'il convient de
changer les mentalités. Il y a un demi-siècle, les femmes n'avaient pas le droit
de vote et elles ne peuvent travailler sans l'autorisation de leur mari que
depuis moins de quarante ans ! Les esprits doivent maintenant s'adapter à
ces évolutions.
Faut-il légiférer, comme cela a été
fait pour instaurer la parité en politique
? C'est déjà fait. « A travail
égal, salaire égal » est un principe inscrit dans la loi française depuis
1972. Mais c'est un principe abstrait. La comparaison n'est pas toujours
possible. Certains métiers sont majoritairement exercés par des femmes, d'autres
par des hommes. Comment, par exemple, situer le salaire d'une femme de ménage
par rapport à celui d'un manœuvre ? Pourtant, l'égalité des salaires est
l'une des clés du problème. Les femmes perçoivent des retraites moins élevées
que les hommes parce qu'elles cotisent moins, et pendant moins longtemps. Or, si
dans un couple c'est la femme qui, le plus souvent, se met à temps partiel ou
prend un congé parental, la raison n'est pas que culturelle. Des critères
objectifs la légitiment également : il s'agit en général de préserver le salaire
le plus élevé. Mais la notion de temps partiel choisi est encore une fois
inégalement partagée : 8,5% des femmes subissent le temps partiel contre
seulement 2% des hommes. Il faut donc changer l'image des femmes et de leur
place dans la société. Et, par là même, celle des
hommes.
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