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Le rapport du COR sur l'avenir des retraites en France (février 2002)
Le Conseil d'orientation des retraites (COR), dont la mission est de réfléchir aux moyens à mettre en œuvre pour consolider le système français de retraite, a remis ses premières conclusions au Premier Ministre. Il dresse un état des lieux, répertorie les principes qu'il juge fondamentaux et propose une palette de solutions aux responsables politiques.

Un an et demi de travaux. Créé par un décret du 21 mars 2000 et officiellement mis en place deux mois plus tard, le Conseil est composé de parlementaires, syndicalistes, experts et chefs d'entreprises, à l'exception toutefois de ceux du MEDEF (celui-ci a refusé d'y siéger).
Ses 32 membres se sont réunis environ une fois par mois, pendant un an et demi.

Un constat unanime. En précisant que le scénario de réfence choisi (retour à un taux de chômage de 4,5% en 2010) « n'a pas la valeur d'une prévision », le COR estime aux alentours de 4 points de PIB – 106 milliards d'euros – les besoins de financement des régimes en 2040. Le Conseil affirme toutefois ne pas partager «l'idée parfois exprimée qu'il sera impossible de financer les retraites». 

Les orientations fondamentales. Le Conseil rappelle son attachement au système de retraite par répartition. Il affirme également la nécessité de changer la gestion des ressources humaines : il faut, selon lui, adapter le marché de l'emploi aux tendances démographiques en mettant en œuvre une politique conciliant « âge et travail ».
Le COR insiste par ailleurs sur la nécessité de rassurer les actifs sur le niveau futur des retraites. Si les conseillers se gardent bien de fixer ce niveau, ils préconisent un engagement collectif qui permettrait aux Français d'avoir une idée précise de ce qu'ils toucheront  lorsqu'ils cesseront leurs activités.
Sans considérer la retraite à la carte comme un remède miracle, le rapport du COR estime enfin que « des marges de choix plus grandes» devraient être laissées aux assurés quant à la préparation de leur retraite.

La balle dans le camp des politiques.  Si l'ensemble du COR constate qu'il convient de jouer sur plusieurs leviers simultanément (redéploiement ou hausse des cotisations, allongement de leur durée et/ou retraite par capitalisation), le rapport se contente d'en présenter la palette, sans toutefois trancher en faveur de telle ou telle solution.

Désaccord. Subsiste un réel point de point de désaccord. Il concerne la question de l'égalité entre salariés du public et du privé. Si nul ne remet le principe en cause, certains membres préconisent que l'alignement de la durée de cotisation se fasse sur la base de 40 annuités, d'autres souhaitent un retour à 37,5 ans de cotisations pour tous les actifs. Ces questions sont inscrites au programme de la suite des travaux du Conseil. Mais pour ses membres, dont la vocation est de favoriser expertise et concertation, c'est aux politiques qu'il appartient de donner les réponses.

 

La place des actifs de plus de 50 ans.


« On ne peut plus considérer qu'à 60 ans, vous êtes un jeune retraité dynamique alors qu'à 55 vous étiez un salarié âgé. » C'est par cette image que Yannick Moreau, la présidente du COR, résume la nécessité de mener une politique de l'emploi tournée vers les actifs vieillissants.
Les données démographiques sont claires : en 2040, le nombre des personnes de plus de 60 ans aura augmenté en France de près de 10 millions par rapport à 1999. Dans le même temps, le nombre des actifs aura diminué de un million.  En 2050, le tiers de la population française aura plus de 60 ans.
Pour le COR, l'un des enjeux majeurs des années à venir est donc l'emploi des salariés de plus de 50 ans. Chômage, pré-retraite, maladie... quelle qu'en soit la cause, leur exclusion aggrave doublement le déséquilibre du financement des retraites : elle diminue les rentrées de cotisations et amène le plus souvent à verser des allocations de remplacement qui pèsent sur les finances sociales.
Le Conseil milite donc pour une politique de l'emploi tournée vers les actifs en fin de carrière, qui passerait en particulier par la valorisation de leurs compétences, la mise en place d'un système de formation pendant toute la vie professionnelle ou la diminution du recours aux pré-retraites.





    

Yannick Moreau, présidente du COR : « Nous avons fourni la boîte à outils... »

Ancienne collaboratrice de François Mitterrand, membre du Conseil d'Etat, Yannick Moreau préside les travaux du Conseil d'orientation des retraites.




Quelle a été votre méthode de travail ?

Les 32 membres du Conseil, qui n'ont pas de suppléant, se sont réunis en moyenne une fois par mois en séance plénière. Pour nous permettre de gagner en efficacité et en interactivité, nous avons également créé trois groupes de travail (NDR : « âge et travail », « prospectives financières », « diversités et inégalités de situations entre régimes, individus et générations »). Sur la proposition de la Direction de la prévision du ministère des Finances et de l'Observatoire français de la conjoncture économique (OFCE), nous avons retenu un scénario volontariste, avec – entre autres données – un taux de chômage redescendu à 4,5% entre 2010 et 2040. Nous avons également étudié deux scénarios alternatifs, avec des taux de chômage de 3% et de 7%. De la même manière, sur la démographie et la productivité, nous avons une hypothèse dans notre scénario de référence et des variantes. Nous avons ainsi pu mesurer l'impact économique de tel ou tel changement. Enfin, avec les caisses de Sécurité sociale, nous avons effectué des projections par régimes.


Quels sont à vos yeux les principaux acquis de ces travaux ?

Le diagnostic financier n'est pas le seul élément de nos travaux, mais l'ordre de grandeur des besoins n'est plus contesté et c'est important. Je précise d'ailleurs que selon le taux d'indexation retenu, le besoin de financement peut passer de 4 à 6 points de PIB. Nous sommes également tous d'accord pour dire qu'il est possible de faire face à une augmentation des dépenses, naturellement en prenant des mesures appropriées. Tous les membres du Conseil partagent par ailleurs les orientations fondamentales : la nécessité d'adapter la politique du travail à l'évolution démographique et de prendre un engagement collectif sur le niveau des retraites, la fidélité aux principes de répartition et d'égalité ou le besoin de visibilité individuelle et collective des assurés.
En plus des principes, nous avons également exploré toute la palette des possibilités de financement, quelles que soient les préférences des uns et des autres, en n'excluant rien. Et nous sommes tous d'accord pour affirmer qu'il faut commencer par mener une politique de l'emploi, car le droit au travail est aussi important que le droit à la retraite. Cela étant, on ne peut nier qu'il faudra aussi agir sur d'autres leviers.
Quant à trancher entre augmentation de la durée ou du taux des cotisations, redéploiement ou prélèvements supplémentaires, ce n'est pas à nous de le faire. Ces questions ne peuvent se résoudre que dans le cadre d'une négociation politique.
Mais nous avons fourni la boîte à outils et dessiné l'architecture du projet, ce qui était notre objectif. La période politique amènera peut-être les candidats à préciser leurs orientations en la matière.

 


Comment va s'engager la suite de vos travaux ?

L'une des spécificités du Conseil est d'avoir été installé dans la durée. Ce n'est pas un hasard si nous avons précisé qu'il s'agissait d'un « premier » rapport. Nous devons donc approfondir nos réflexions sur un certain nombre de sujets, en aborder d'autres que nous n'avons pas du tout traités. Par exemple, un groupe de travail va sans doute s'attaquer pendant un an au droit à l'information des assurés.

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