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Une nouvelle voie pour les seniors de demain (mars 2000)
Epargne individuelle ou dispositif collectif, "tout répartition" ou "tout capitalisation", là n'est plus le débat en matière de systèmes de retraite. Il s'agit aujourd'hui de trouver de nouvelles combinaisons pour le financement des retraites des générations du baby-boom arrivant à l'âge de la retraite dès 2005

La retraite, faut-il la préparer ? Deux français sur trois déclarent "en avoir l'intention", selon le baromètre Epargne réalisé par le CREP (1) en septembre 1998 mais seulement un français sur trois a commencé à "mettre de l'argent de côté" dans ce but précis.

Aujourd'hui, le constat est le suivant. A titre individuel, l'assurance vie est l'instrument le plus utilisé pour préparer sa retraite. D'après une étude de la Sofres (déc. 98) intitulée Stratégie de placement des français", près d'un tiers des souscripteurs d'un contrat d'assurance vie a comme objectif de détention, la retraite. Naturellement, les taux de détention les plus forts se situent autour de 45 ans (près de 40%). Parmi les seniors d'aujourd'hui – 60 ans et plus -, il est intéressant de constater qu'ils détiennent, pour un tiers d'entre eux, des contrats multisupports.

Ces nouveaux produits multisupports, disponibles sur le marché procurent la souplesse en cours de contrat, la diversité d'investissement (francs, offres profilées, unités de compte) et la multiplicité de solutions à la sortie dont ils ont envie. Cet intérêt pour ce type de produit indique une évolution des comportements des épargnants, non négligeable dans le cadre de l'avenir des retraites.

En effet, avec les unités de compte et en particulier les actions, l'épargnant accepte l'idée d'une durée de constitution d'épargne plus longue (au-delà de huit ans dévolus aux produits classiques d'assurance vie) en contrepartie de rendement plus élevé.

Favoriser l'acceptabilité

Cette dimension s'exprime dans le cadre des dispositifs collectifs (épargne salariale ou régimes supplémentaires de retraite -art.39, 83-). Plus l'abondement de l'employeur est important, plus l'intérêt du salarié est grand pour ces dispositifs. Les personnes intéressées par un plan épargne retraite passent de 39% à 86% si l'abondement est de 100%, toutefois seulement 18% d'entre elles disent s'engager avec certitude dans de telles conditions (étude CREP juin 1997). Autre facteur, le niveau de revenus de l'épargnant a une influence considérable sur son comportement d'achat.

Les plus modestes pensent avant tout à la baisse de leurs revenus au moment de leur retraite et à leur condition de logement. Les plus aisés se préoccupent en plus de l'organisation de leur temps libre et de la transmission de leur patrimoine.

Mais encore déterminante , la prise de conscience des difficultés financières des régimes de retraite par répartition, eu égard au vieillissement de la population, au rapport dégradé actifs/inactifs, à l'emploi, reste progressive .

Les offres de services financiers doivent pourtant intégrer les seniors dont le comportement d'achat encore en pleine mutation sera spécifique demain.


Des offres acceptables

Quelles offres sauront séduire cette nouvelle demande seulement partiellement déclarée ?

Trois types de besoins coexistent en réalité : garantie de niveau de vie ; garantie de conditions de vie ; possibilité de transmission de patrimoine.

Les français ont renoué avec l'épargne financière entre l'idée de précaution et de placement dans un contexte de difficultés économiques et grâce à des incitations fiscales.

De nombreux acteurs économiques – pouvoirs publics, assureurs, banques, mutuelles, institutions de prévoyance - conscients de la nécessité et de l'intérêt "d'offre retraite", sont à la recherche aujourd'hui de solutions supplémentaires au delà du système français en place qui reste efficient.

Des régimes catégoriels existent déjà: les agriculteurs (Coreva), les fonctionnaires (Préfon), les TNS (loi Madelin). Des solutions de ce type multiples, souples, à la carte, en réponse aux salariés et aux entreprises restent à construire pour l'ensemble des Français.

Les salariés qui bénéficient parfois de régimes supplémentaires par capitalisation ne disposent pas de fonds de retraite qui permettent l'adhésion facultative dans un cadre collectif.

Des attentes de sécurité et de participation

Mais quelle forme pour ce fonds de retraite ? De type Plan d'épargne entreprise à long terme (PEELT), il pourrait être collectif, centré sur la protection des adhérents. La gestion sécurisée de ce fonds est un élément fondamental à son adhésion par les salariés. Totalement indépendant de l'entreprise, ce fonds serait géré par des professionnels et soumis à des règles prudentielles strictes. Les adhérents à ces fonds pourraient être représentés paritairement au comité de surveillance.

Enfin, l'une des idées fortes du rapport Charpin (2) est la disparition programmée de la notion d'âge de la retraite, en tant que référence collective.

Dans ce cadre là , l'âge de la retraite serait désormais individuel. Il faudrait s'orienter vers des "systèmes de retraite supplémentaires à la carte" tout en évitant d'aggraver les problèmes financiers des régimes publics. La réduction du temps de travail incite à la recherche de solution pour la retraite des cadres en particulier.

Grâce à l'article 83, par exemple, les entreprises compenseraient, après réduction du temps de travail, les heures travaillées en excès par des cotisations patronales en vue du financement d'un régime de retraite par capitalisation.

Retraite à la carte, fonds de retraite, multisupport retraite, autant de concepts possibles pour les seniors de demain, sans oublier les préoccupations financières et sociales liées à la perte d'autonomie, qu'il faudra traiter dans une France où les plus de 65 ans seront plus de 10 millions en 2020 et dont près de 2 millions d'entre eux seront âgés de plus de 85 ans.

Alain Quibeuf, Directeur CNP des Etablissements Financiers.

(1) Centre de recherche sur l'épargne
(2) Rapport Charpin sur l'avenir des retraites remis au premier ministre fin avril 1999.

Source "Revue Banque"

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