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La retraite, faut-il la préparer ? Deux français sur trois déclarent
"en avoir l'intention", selon le baromètre Epargne réalisé par le CREP (1) en
septembre 1998 mais seulement un français sur trois a commencé à "mettre de
l'argent de côté" dans ce but précis.
Aujourd'hui, le constat est le suivant. A titre individuel, l'assurance
vie est l'instrument le plus utilisé pour préparer sa retraite. D'après une
étude de la Sofres (déc. 98) intitulée Stratégie de placement des français",
près d'un tiers des souscripteurs d'un contrat d'assurance vie a comme objectif
de détention, la retraite. Naturellement, les taux de détention les plus forts
se situent autour de 45 ans (près de 40%). Parmi les seniors d'aujourd'hui – 60
ans et plus -, il est intéressant de constater qu'ils détiennent, pour un tiers
d'entre eux, des contrats multisupports.
Ces nouveaux produits multisupports, disponibles sur le marché
procurent la souplesse en cours de contrat, la diversité d'investissement
(francs, offres profilées, unités de compte) et la multiplicité de solutions à
la sortie dont ils ont envie. Cet intérêt pour ce type de produit indique une
évolution des comportements des épargnants, non négligeable dans le cadre de
l'avenir des retraites.
En effet, avec les unités de compte et en particulier les actions,
l'épargnant accepte l'idée d'une durée de constitution d'épargne plus longue
(au-delà de huit ans dévolus aux produits classiques d'assurance vie) en
contrepartie de rendement plus élevé.
Favoriser l'acceptabilité
Cette dimension s'exprime dans le cadre des dispositifs collectifs (épargne
salariale ou régimes supplémentaires de retraite -art.39, 83-). Plus
l'abondement de l'employeur est important, plus l'intérêt du salarié est grand
pour ces dispositifs. Les personnes intéressées par un plan épargne retraite
passent de 39% à 86% si l'abondement est de 100%, toutefois seulement 18%
d'entre elles disent s'engager avec certitude dans de telles conditions (étude
CREP juin 1997). Autre facteur, le niveau de revenus de l'épargnant a une
influence considérable sur son comportement d'achat.
Les plus modestes pensent avant tout à la baisse de leurs revenus au moment
de leur retraite et à leur condition de logement. Les plus aisés se préoccupent
en plus de l'organisation de leur temps libre et de la transmission de leur
patrimoine.
Mais encore déterminante , la prise de conscience des difficultés financières
des régimes de retraite par répartition, eu égard au vieillissement de la
population, au rapport dégradé actifs/inactifs, à l'emploi, reste progressive
.
Les offres de services financiers doivent pourtant intégrer les seniors dont
le comportement d'achat encore en pleine mutation sera spécifique
demain.
Des offres acceptables
Quelles offres sauront séduire cette nouvelle demande seulement partiellement
déclarée ?
Trois types de besoins coexistent en réalité : garantie de niveau de vie ;
garantie de conditions de vie ; possibilité de transmission de patrimoine.
Les français ont renoué avec l'épargne financière entre l'idée de précaution
et de placement dans un contexte de difficultés économiques et grâce à des
incitations fiscales.
De nombreux acteurs économiques – pouvoirs publics, assureurs, banques,
mutuelles, institutions de prévoyance - conscients de la nécessité et de
l'intérêt "d'offre retraite", sont à la recherche aujourd'hui de solutions
supplémentaires au delà du système français en place qui reste efficient.
Des régimes catégoriels existent déjà: les agriculteurs (Coreva), les
fonctionnaires (Préfon), les TNS (loi Madelin). Des solutions de ce type
multiples, souples, à la carte, en réponse aux salariés et aux entreprises
restent à construire pour l'ensemble des Français.
Les salariés qui bénéficient parfois de régimes supplémentaires par
capitalisation ne disposent pas de fonds de retraite qui permettent l'adhésion
facultative dans un cadre collectif.
Des attentes de sécurité et de participation
Mais quelle forme pour ce fonds de retraite ? De type Plan d'épargne
entreprise à long terme (PEELT), il pourrait être collectif, centré sur la
protection des adhérents. La gestion sécurisée de ce fonds est un élément
fondamental à son adhésion par les salariés. Totalement indépendant de
l'entreprise, ce fonds serait géré par des professionnels et soumis à des règles
prudentielles strictes. Les adhérents à ces fonds pourraient être représentés
paritairement au comité de surveillance.
Enfin, l'une des idées fortes du rapport Charpin (2) est la disparition
programmée de la notion d'âge de la retraite, en tant que référence
collective.
Dans ce cadre là , l'âge de la retraite serait désormais individuel. Il
faudrait s'orienter vers des "systèmes de retraite supplémentaires à la carte"
tout en évitant d'aggraver les problèmes financiers des régimes publics. La
réduction du temps de travail incite à la recherche de solution pour la retraite
des cadres en particulier.
Grâce à l'article 83, par exemple, les entreprises compenseraient, après
réduction du temps de travail, les heures travaillées en excès par des
cotisations patronales en vue du financement d'un régime de retraite par
capitalisation.
Retraite à la carte, fonds de retraite, multisupport retraite, autant de
concepts possibles pour les seniors de demain, sans oublier les préoccupations
financières et sociales liées à la perte d'autonomie, qu'il faudra traiter dans
une France où les plus de 65 ans seront plus de 10 millions en 2020 et dont près
de 2 millions d'entre eux seront âgés de plus de 85 ans.
Alain Quibeuf, Directeur CNP des Etablissements Financiers.
(1) Centre de recherche sur l'épargne (2) Rapport
Charpin sur l'avenir des retraites remis au premier ministre fin avril
1999.
Source "Revue Banque"
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